6 août 2018 : des employés chargent des graines de soja importées dans le port de Nantong, dans la province orientale chinoise de Jiangsu. [Crédit photo : VCG]

Les entreprises russes sont prêtes à augmenter leurs exportations de graines de soja et d’autres produits agricoles vers la Chine, dans un contexte de guerre commerciale sino-américaine.

Il est temps pour la Chine et la Russie d’augmenter leur coopération dans l’investissement et le commerce agricoles, a déclaré Maxim Basov, le PDG du groupe agricole majeur de Russie Rusagro, lors d’une récente interview accordée au Global Times.

« Notre focalisation est en train de passer du marché intérieur au marché international », explique M. Basov, notant que la guerre commerciale actuelle entre la Chine et les Etats-Unis ouvrait des opportunités pour que la Russie vende plus de produits agricoles à la Chine et devienne un nouveau partenaire. A l’heure actuelle, seulement 1 % des importations alimentaires de la Chine proviennent de la Russie, ce qui reste un niveau très bas, souligne-t-il.

A l’occasion du 4e Forum économique orientale (FEO), qui s’est déroulé de mardi à jeudi dans la ville extrême-orientale russe de Vladivostok, les représentants d’entreprises et les officiels du gouvernement fédéral russe ont exprimé un fort intérêt dans le développement du commerce alimentaire avec la Chine. Certains des participants ont indiqué, qu’ils tablaient sur une augmentation des investissements de la Chine dans le secteur agricole russe.

« Nous sommes prêts à investir dans plus de projets agricoles [et] la Chine sera un investisseur important dans ces projets », explique Nikolay Kharitonov, un membre de la Douma (la chambre basse du parlement russe) également en charge des affaires extrême-orientales.

Selon un communiqué publié au mois d’avril sur le site internet Agricensus, l’augmentation de la surface cultivée et l’amélioration des rendements devraient permettre à la Russie de produire 3,7 millions de tonnes de graines de soja pour l’année 2018-2019, enregistrant ainsi une croissance de 8,2 % sur l’année précédente. Les exportations de graines de soja russes devraient atteindre les 625 000 tonnes pour la période 2017-2018, reflétant un rythme soutenu des exportations vers la Chine.

De nombreuses entreprises chinoises ont également exprimé leur intérêt pour l’augmentation des investissements dans le secteur agricole russe, les graines de soja devenant un élément majeur.

En 2017, la production totale de graines en Russie a atteint 135 millions de tonnes.

La région extrême-orientale de la Russie présente un potentiel important pour développer la production, indique la China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation (COFCO) : « Nous attachons une grande importance au marché russe des graines de soja. Récemment, nous avons envoyé pour la première fois quatre conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) de graines de soja par la mer, de Vladivostok à Qingdao [dans la province orientale chinoise de Shandong] », indique la COFCO.

L’entreprise chinoise note que cet essai d’un itinéraire pour les expéditions maritimes fait partie de ses efforts pour accumuler de l’expérience en prévision d’un commerce de grains à grande échelle dès cet automne.

Cependant, les exportations de graines de soja russes ne remplaceront pas les produits américains en Chine sur le court terme, du fait de la capacité de production limitée de la Russie et des goulets d’étranglement au niveau des transports, souligne les représentants du secteur.

Dans la région extrême-orientale russe, il n’existe pas de port moderne pouvant gérer le transport de marchandises en vrac comme les graines, note un spécialiste chinois du secteur, qui dirige une entreprise agricole en Russie. Selon lui, malgré des ressources abondantes dans l’extrême orient russe, le volume estimé de graines de soja disponibles à l’exportation est de 400 000 à 500 000 tonnes par an.

« Par ailleurs, les graines de soja russes ne sont pas des variétés génétiquement modifiées. Celles-ci sont moins prisées en Chine par rapport aux produits américains, car les semences OGM sont conçues pour produire des rendements plus élevés », explique-t-il.

Avec plus d’entreprises chinoises investissant dans les terres agricoles russes, certains rapports font état des inquiétudes de la population locale par rapport à la présence croissante de la Chine dans la région.

La Russie n’offre pas ses terres gratuitement aux agriculteurs chinois, explique Alexander Borisovich Levintal, le gouverneur de l’Oblast autonome juif, un sujet de la Fédération de Russie situé à la frontière de la province de Heilongjiang dans le nord-est de la Chine.

« Alors que la Russie vend des graines de soja à la Chine, les entreprises chinoises investissent en Russie avec des transferts de technologie [dans le secteur agricole

local] », explique-t-il.

Pour attirer plus d’acteurs étrangers dans le secteur agricole, une agence spéciale a été établie en Russie.

Selon M. Basov, « cette agence est prête à fournir des terres aux entreprises chinoises, mais seulement en échange d’un investissement dans la production à forte valeur ajoutée ».