La Chine a sévèrement critiqué mercredi les États-Unis pour l’intensification des frictions commerciales entre les deux pays avec la publication d’une liste de produits chinois d'une valeur de 200 milliards de dollars bientôt ciblés par des surtaxes, en qualifiant l’attitude américaine d’« intimidation typique » et en s’engageant à riposter.

Les autorités chinoises n’ont pas encore annoncé de mesures de rétorsion spécifiques, mais les experts ont noté mercredi que la Chine est prête à répondre, comme s’y attendent les États-Unis.

Ils ont estimé que la Chine pourrait prendre des mesures « qualitatives et quantitatives » contre les États-Unis.

Menace et échange de propos fermes

« Les États-Unis ont publié une nouvelle liste de droits de douane totalement inacceptables, nous nous y opposons fermement », a déclaré mercredi le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) dans un communiqué. « Pour sauvegarder les intérêts fondamentaux du pays et du peuple, le gouvernement chinois prendra, comme toujours, les mesures de rétorsion nécessaires », a ajouté le MOFCOM.

Mardi, les États-Unis ont publié une nouvelle liste d'importations chinoises couvrant une large gamme de produits (tabac, portes ou encore papier toilette) qui feront bientôt l’objet d’une surtaxe de 10 %. Vendredi dernier, des droits de douane de 25 % ont été imposés sur 34 milliards de dollars de marchandises chinoises, ce qui a provoqué une réponse chinoise équivalente. La nouvelle liste vient envenimer le conflit commercial en cours entre les deux plus grandes économies du monde.

« Les actions des États-Unis font du mal à la Chine et au monde entier, ainsi qu’à eux-mêmes. Un tel comportement irrationnel est inacceptable où que ce soit », souligne le communiqué du MOFCOM.

Lors de son point de presse habituel, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a qualifié les actions américaines de « tentative d’intimidation typique », en ajoutant qu'il s'agissait d'une guerre où s’affrontent l’unilatéralisme et le multilatéralisme, le protectionnisme commercial et le libre-échange, la force et le droit.

Mme Hua a également déclaré que la Chine prendrait des mesures contre les États-Unis pour protéger ses intérêts, ainsi que pour sauvegarder le système commercial multilatéral mondial.

Cependant, aucune mesure spécifique n’a pour l’instant été dévoilée par le gouvernement chinois.

« Il est évident que la Chine n’annoncera pas ses mesures de rétorsion tant que les États-Unis n’auront pas imposé leurs nouvelles taxes, mais il ne fait aucun doute que la Chine ripostera », a affirmé mercredi Li Yong, maître de recherches à l'Association chinoise du commerce international relevant du MOFCOM.

La liste américaine est soumise à une période de commentaires publics de deux mois avant de prendre effet.

Li Yong a estimé que si les États-Unis imposaient ces surtaxes, la Chine avait plusieurs cartes en main.

« Si ce n’était pas le cas, pourquoi aurait-on mentionné des mesures qualitatives, quantitatives, globales? » a-t-il noté, en référence à une déclaration antérieure du MOFCOM qui indiquait que la Chine envisageait de prendre des mesures globales contre les États-Unis.

« La guerre est à nos portes »

Les experts ont estimé que la référence faite par le MOFCOM à des mesures « qualitatives et quantitatives » était fondée sur l'hypothèse de mise en vigueur par les États-Unis de leurs nouveaux droits de douane sur les marchandises chinoises. La Chine a également pris plusieurs mesures vues par certains comme une riposte, notamment en élargissant ses importations et l'ouverture du marché, qui lui donnent des alternatives aux produits et investissements américains.

Étant donné que la Chine dispose d’un excédent commercial de près de 300 milliards de dollars dans ses échanges commerciaux avec les États-Unis, elle finira par manquer de produits américains à cibler. Cependant, elle peut répondre par des mesures aussi dommageables aux États-Unis que celles qui lui sont infligées, notamment en adoptant des restrictions administratives sur certaines transactions américaines et en réduisant son exposition à la dette américaine.

Li Yong a observé qu’« il est absurde de discuter à l’avance de ce que la Chine fera ou ne fera pas. Le moment venu, des mesures seront prises. »

Cependant, Chen Fengying, expert des Instituts chinois de relations internationales contemporaines, a jugé qu'il était temps pour les autorités chinoises de prendre des mesures spécifiques plutôt que de brandir des « menaces » contre les États-Unis, car « la guerre est à nos portes ».

« Le but est d'éviter une guerre commerciale et des dommages aux deux parties. Peu importe ce que les deux pays font ou disent en ce moment, cela mènera à des négociations, la question est de savoir qui prendra le dessus », a noté M. Chen, en ajoutant qu'en répondant du tac au tac aux États-Unis, les dirigeants chinois pourraient prendre l’avantage.