« La question n’est pas de savoir s’il y aura ou non une guerre commerciale. La guerre commerciale a déjà commencé ». C’est par ces mots que le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a résumé la situation actuelle du commerce mondial, alors qu’il se trouvait à la 18e édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, réunissant politiques, économistes et grands patrons invités à réfléchir sur les « métamorphoses du monde ».

En effet, après avoir imposé à la Chine, puis à l’UE, au Canada et au Mexique des tarifs douaniers de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, le président des Etats-Unis Donald Trump vient de valider l’entrée en vigueur le 6 juillet de 25% de taxes sur 34 milliards de dollars d’importations chinoises, frappant désormais 818 produits, dont des voitures, des composants d’avion ou des disques durs d’ordinateur.

La Chine n’a pas tardé à répliquer. Le ministère chinois du Commerce a accusé Washington d'avoir « lancé la plus grande guerre commerciale de l'histoire économique » et a indiqué que des mesures de représailles d’un montant équivalent avaient immédiatement pris effet.

Et cela ne semble malheureusement que le début, le président états-unien ayant annoncé qu’un second lot de tarifs douaniers portant sur 16 milliards de dollars d'importations chinoises entrerait en vigueur dans deux semaines. Ce seront ainsi un total de 50 milliards de dollars d'importations chinoises qui seront touchées, pour compenser ce que Washington considère comme du vol de technologie et de propriété intellectuelle.

Donald Trump s’est également déclaré prêt à imposer des taxes supplémentaires jusqu'à un total de 450 milliards de produits chinois en cas de mesures de rétorsion de la part de la Chine, et ce au mépris du droit international.

Mais la politique protectionniste de M. Trump ne prend pas pour cible que la Chine. En effet, Washington menace également d’instaurer des droits de douanes sur les véhicules assemblés dans l’Union européenne (UE), ce qui porterait tout particulièrement préjudice aux constructeurs d’Allemagne, première puissance exportatrice de l’UE avec plus de 600 000 voitures exportées et 50 milliards d’euros d’excédents commerciaux, tous secteurs confondus, avec les Etats-Unis.

Il est à noter que les taxes de l’UE sur les importations de voitures en provenance des Etats-Unis et des pays hors UE s’élèvent en effet à 10 %, quand les droits de douane américains sur celles en provenance de l’UE ne s’élèvent qu’à 2,5 %. Toutefois, les Etats-Unis taxent les importations de camions et de pick-up à hauteur de 25 %, alors que les importations de ces mêmes produits au sein de l’UE sont taxées à 14 % en moyenne.

L’UE a déjà adopté le 21 juin des mesures de rétorsion contre des dizaines de produits américains pour répliquer aux taxes instaurées par Washington sur l'acier et l'aluminium. Elles visent en particulier les jeans, le bourbon et les Harley Davidson, avec pour but de à compenser à hauteur de 2,8 milliards d'euros les dommages générés par les taxes américaines.

Ces mesures semblent toucher des produits provenant surtout d’Etats républicains, ce qui pourrait inciter Donal Trump à revoir ses décisions s’il ne souhaite pas perdre de précieux électeurs avant les élections de mi-mandat prévues au mois de novembre.

D'autres produits américains pourraient à l'avenir être également taxés par l'UE, à hauteur de 3,6 milliards d'euros, si celle-ci l'emporte face aux Etats-Unis devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La Commission européenne a lancé un avertissement fort, lundi 2 juillet, en rendant public un document destiné au département du Commerce des Etats-Unis où elle évalue le préjudice que pourraient subir les Etats-Unis si Washington mettait ses menaces à exécution. La Commission souligne que les constructeurs européens, par le biais de leurs usines aux Etats-Unis, ont engendré « 120 000 emplois directs et indirects » dans le pays.

« S’il devait y avoir une augmentation de tarifs sur d’autres secteurs économiques, notre réaction devra être unie, forte, pour faire comprendre que l’Europe est aussi une puissance économique souveraine », a prévenu M. Le Maire devant les participants réunis à la 18e édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.

En réalité, la politique commerciale du président états-unien, basée sur des calculs de politique intérieure, est erronée. Si les Etats-Unis accusent un déficit avec un grand nombre de leurs partenaires commerciaux, c’est dû en grande partie au fait que les Américains n’épargnent pas assez et vivent au-dessus de leurs moyens. De ce point de vue, la réforme fiscale récemment adoptée par le Congrès, en creusant dangereusement le déficit budgétaire, ne pourra qu’amplifier le phénomène.

Mais malgré de nombreuses mises en garde de ses partenaires européens, de nombreuses entreprises américaines telles que General Motors, des agriculteurs américains, et même du président de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell, qui a alerté sur le fait que les entreprises envisagent de reporter investissements et embauches, le président Trump campe sur ses positions protectionnistes, au risque de mettre en danger l’économie mondiale. Si le point de non-retour n’est pas encore atteint, il n’a jamais été aussi proche, et il n’en revient qu’à Donald Trump de se rendre compte de la situation actuelle avant qu’il ne soit trop tard.