Les plus hautes autorités de la nation ont indiqué que la prévention et la résolution des risques financiers, mais également la promotion du désendettement, seraient des tâches essentielles pour cette année, comme l'avaient pressenti de nombreux experts.

Cette annonce est survenue au cours des « deux sessions », c’est-à-dire les deux sessions annuelles de l’Assemblée populaire nationale (APN) et du Comité national de la Conférence consultative et politique du peuple chinois (CCPPC). Celles-ci font partie des plus grands événements politiques annuels du pays.

Avec une emphase légèrement différente de la tâche de l’année dernière qui visait à bâtir des « pare-feu solides » contre les risques spécifiques dans le secteur financier, le pays s’attaquera au problème en traitant les « causes premières » avec des mesures économiques spécifiques et des réformes nécessaires, plutôt que de simplement traiter les « symptômes » sur les marchés financiers.

Cette approche fut soulignée le 5 mars dans le Rapport de travail gouvernemental présenté par le Premier ministre Li Keqiang au cours de la première session de l’APN, la plus haute assemblée législative du pays.

« Ce dont la Chine a besoin, c’est de résoudre à la fois les symptômes et les causes premières, mais également de prendre des mesures effectives pour désamorcer les risques potentiels », a-t-il déclaré.

D’après Yang Weimin, le directeur adjoint de la direction générale du Groupe dirigeant central pour les affaires financières et économiques, l’une des façons de traiter les causes premières des risques financiers serait de contrôler et gérer de manière effective l’approvisionnement monétaire global et la croissance du crédit. Selon lui, cela doit être le travail le plus important pour les personnes en charge de prévenir les risques financiers.

Pour la première fois en neuf ans, le rapport de travail n’a pas fixé d’objectifs spécifiques pour l’agrégat monétaire large M2, une mesure large de l’approvisionnement monétaire. Il indique cependant que l’administration maintiendra un taux raisonnable de croissance pour M2.

Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine (la banque centrale), a déclaré que l’agrégat monétaire M2 ne devait pas être l’unique indicateur pour la compréhension des conditions de liquidités et que de nombreux autres facteurs - incluant les prix et les chiffres de l’emploi - devaient également être pris en compte.

L’assouplissement des objectifs de M2 reflète la posture prudente du gouvernement sur la politique monétaire et son utilisation mesurée de l’assouplissement du crédit pour stimuler la croissance. La raison en est que l’assouplissement du crédit pourrait engendrer des risques de bulles des actifs sur les marchés financiers et immobiliers.

« Nous ne devons pas inonder le marché avec une utilisation excessive de la planche à billets », a expliqué Yang Weimin - qui est également membre du Comité national de la CCPPC, l’organe consultatif suprême du pays - aux journalistes en marge des deux sessions.

La réduction des risques financiers nécessitera également une réglementation et une supervision plus strictes des emprunts excessifs par les gouvernements locaux, ainsi que l’assainissement graduel des créances douteuses associées aux entreprises d’Etat « zombies » déficitaires, qui ont contribué à l’envolée du ratio d’endettement de la Chine au cours de ces dernières années.

Li Keqiang s’est engagé à lutter contre les garanties et les emprunts illégaux par les gouvernements locaux. Il a souligné que le gouvernement central ne renflouerait pas les gouvernements locaux incapables de rembourser leurs dettes.

« Toute forme d’emprunt et de souscription de dette, qui enfreint la loi et les réglementations, est strictement interdite. Les gouvernements de niveau provincial doivent assumer l’entière responsabilité pour les dettes contractées par les gouvernements locaux au sein de leur juridiction », a-t-il souligné.

La réforme gouvernementale du système de réglementation financière, qui vise à améliorer la coordination entre les différentes agences gouvernementales, sera également cruciale pour la prévention des risques financiers.

Dans le Rapport de travail gouvernemental, Li Keqiang indique que le pays renforcera la coordination de la réglementation du secteur financier et améliorera la réglementation de la finance de l’ombre (shadow banking), des services bancaires en ligne et des holdings financières.

La réforme du système de réglementation financière du pays fait partie d’un plan élaboré par le Conseil des affaires d’Etat (correspondant au gouvernement populaire central) visant à utiliser la réforme structurelle pour simplifier et optimiser les institutions de l’Etat.

Cette stratégie avait été dévoilée le mois dernier lors de la 3e session plénière du XIXe Comité central du Parti communiste de Chine (PCC).

« Une coordination renforcée des régulateurs facilitera l’éradication des vides et des arbitrages réglementaires, rendant possible une pénétration et une couverture réglementaires complètes. Cela permettra de fluidifier le processus de désendettement financier », explique Cheng Shi, économiste en chef chez ICBC International.

« L’amélioration des réglementations permettra également d’éliminer les emprunts illégaux par les gouvernements locaux et de résoudre la question des dettes cachées », ajoute ce dernier.

La Chine a déjà établi une Commission de la stabilité et du développement financiers, qui servira de coordinateur réglementaire inter-agences, pour assurer la stabilité financière et parer aux risques. Le rôle futur et les mesures de cette commission devraient être discutés et clarifiés au cours des deux sessions.