Certains politiciens et universitaires occidentaux ont tendance à croire en un destin tragique pour les grandes puissances, et prédisent que la Chine et les Etats-Unis vont entrer en conflit, comme Athènes fut vaincue par Sparte durant la guerre du Péloponnèse il y a plus de 2000 ans.

Cette comparaison est appelée le piège de Thucydide. Cependant, l'histoire devrait être vue comme l’occasion de tirer des leçons du passé, et non pas comme une vision de l'avenir. Cela doit être souligné encore plus clairement dans le cas des relations sino-américaines.

Vendredi soir, le conseiller d'Etat chinois Yang Jiechi a rencontré le président américain Donald Trump et a exprimé sa volonté de renforcer la coopération avec Washington dans le commerce et d'autres domaines, ainsi que d’agir avec plus de coordination sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne.

Le voyage de Yang Jiechi a eu lieu à un moment où l'administration Trump semble au cours des dernières semaines avoir recalibré sa compréhension stratégique des liens de Washington avec la Chine et du rôle de Beijing dans le monde.

Dans son premier discours sur l'état de l'Union fin janvier, Donald Trump a placé la Chine parmi les pays « rivaux » qui défient les intérêts et les valeurs des Etats-Unis. Peu de temps auparavant, dans ses documents Stratégie de sécurité nationale et Stratégie de défense nationale, Washington avait qualifié la Chine de concurrent stratégique et de pouvoir révisionniste.

Ces derniers jours ont également été marqués par des cahotements dans les relations commerciales entre les deux plus grandes économies du monde. Au début du mois dernier, Washington a imposé des droits de douane de 30 % sur les importations de panneaux solaires. 70 % de ces panneaux proviennent de Chine et de Malaisie. En outre, les résultats d'une enquête sur des accusations de vol de propriété intellectuelle par la Chine seront bientôt annoncés.

Ces épithètes hostiles et ces actes commerciaux unilatéraux reflètent une incompréhension croissante des intentions politiques de la Chine, ainsi qu'un échec à reconnaître l'importance mondiale d'une relation sino-américaine stable et saine de la part de certains politiciens.

La Chine, bien qu’étant la deuxième plus grande économie du monde, reste un pays en voie de développement. Bon nombre de ses priorités visent toujours à faire avancer les réformes économiques et sociales intérieures et à promouvoir le développement.

Au-delà de ses frontières, la Chine essaie de travailler avec le reste du monde pour améliorer le système de gouvernance mondiale existant, afin que ce dernier reflète la place des économies émergentes et serve mieux les intérêts de tous. Ceux qui aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux soupçonnent la Chine d'essayer de renverser ce qu'ils appellent « l'ordre mondial libéral » actuel avec son ordre propre ne cherchent qu’à conserver leur pré carré.

En élaborant et en mettant en œuvre leur politique envers la Chine, le président Trump et son administration doivent comprendre pleinement qu’à une époque où l’économie est de plus en plus mondialisée, les intérêts de la Chine et ceux des Etats-Unis sont étroitement liés. Cela veut dire qu’en s’affrontant plutôt qu’en travaillant ensemble, la Chine comme les Etats-Unis en sortiraient perdants.

Prenons l'exemple des récentes taxes sur les panneaux solaires: il est vrai que certaines entreprises chinoises du secteur souffriront de ces mesures punitives, mais beaucoup de consommateurs américains seront également lésés par la hausse des prix de l'énergie solaire. Les industries connexes aux Etats-Unis perdront également des emplois.

En outre, le fort déficit commercial des Etats-Unis ne devrait pas être attribué à la Chine. Sans parler du fait que l'excédent commercial de la Chine résulte principalement du fait que cette dernière est le dernier point de rassemblement de nombreux produits, les économistes et les statistiques ont déjà souligné que les Américains consomment plus que ce que leur pays est capable de produire, et que le déficit commercial américain avec ses partenaires commerciaux, pas seulement avec la Chine, continue de monter en flèche.

Encore une fois, ces différences ne signifient pas que les deux parties doivent agir l’une contre l’autre. Elles devraient résoudre ces désaccords en utilisant les mécanismes de dialogue comme celui que Donald Trump et le président chinois Xi Jinping ont accepté de mettre en place à Mar-a-Lago en avril dernier.

Au-delà de cette question, les deux plus grandes puissances doivent travailler plus étroitement pour relever les défis les plus urgents du monde, comme le changement climatique et la lutte contre le terrorisme.

Il est intéressant de noter que la veille de sa rencontre avec Yang Jiechi, Donald Trump a organisé une réunion avec Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d'Etat américain et expert de la Chine. Selon les médias, les deux hommes ont évoqué la situation dans la péninsule coréenne, le Moyen-Orient et le Chine.

Il y a près de 46 ans, Henry Kissinger puis le président américain Richard Nixon se sont rendus à Beijing et ont associé leurs efforts à ceux des dirigeants chinois pour rapprocher les deux pays.

Dans son livre Sur la Chine, Kissinger a écrit: « Quel succès ce serait si, quarante ans plus tard, les Etats-Unis et la Chine fusionnaient leurs efforts non pas pour ébranler le monde, mais pour le construire ».

Il est à espérer que Donald Trump suivra ce bon conseil et se joindra à Beijing pour s'assurer que les pays puissent construire un avenir commun au lieu de tomber dans le piège de Thucydide.