La Chine a continué de réduire ses avoirs en bons du Trésor américain, alors que la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) devrait maintenir sa position « hawkish » de hausse des taux d’intérêts au cours des prochains mois, ont indiqué jeudi dernier plusieurs observateurs du marché.

D’après les données du Capital international du Trésor (TIC pour Treasury International Capital) publiées mercredi par le Département du Trésor des Etats-Unis, la Chine a réduit ses avoirs en bons du Trésor américain de 7,8 milliards de dollars US au mois de novembre, marquant le troisième mois consécutif de vente. Au mois d’octobre, la Chine avait réduit ses avoirs en bons du Trésor de 24 milliards de dollars.

A ce jour, la Chine détient approximativement pour 870 milliards de dollars de bons du Trésor américain, la quantité la plus faible depuis juin 2010.

Yu Yongding, un membre de la Division académique de l’Académie des sciences sociales de Chine (ASSC), note que la réduction par la Chine de ses avoirs en bons du Trésor américain est une mesure pour ajuster la balance de ses actifs étrangers, ce qui permet de renforcer la sécurité de ses actifs étrangers mais aussi d’augmenter les bénéfices nets de ses investissements à l’étranger.

Selon les dernières données du TIC, les institutions officielles étrangères ont vendu au mois de novembre pour 12,2 milliards de dollars de valeurs américaines à moyen et long terme, comme les billets du Trésor (Treasury Notes ou « T-Notes ») et les bons du Trésor.

Les précédentes données montrent que plusieurs banques centrales ont vendu des bons du Trésor américain depuis le mois d’octobre 2017, soit 49 mois. Les analystes de la banque d’investissement China International Capital Corporation (CICC) interprètent ces ventes comme une tendance mondiale à la « dédollarisation ».

Alors que le dollar US était autrefois une valeur refuge au niveau mondial, les économies ont réduit leurs avoirs en bons du Trésor américain au cours de ces dernières années pour réduire leur dépendance excessive au billet vert. De tels risques de « surdépendance » sont devenus apparents l’année dernière au cours des tensions géopolitiques en Europe, lesquelles ont été suivies par les sanctions financières de l’Occident contre la Russie. La diversification des réserves de change a été plus largement adoptée par les banques centrales, notent les experts de la CICC.

Certaines économies ont vendu des bons du Trésor pour maintenir la stabilité de leur propre devise, lorsque le dollar US enregistrait une hausse rapide et forte au cours des derniers mois.

Cependant, le Japon, qui est le plus grand créancier des Etats-Unis, a arrêté au bout de 4 mois ses ventes de bons du Trésor, lesquelles avaient débuté en juillet 2022. Au mois de novembre, le pays a augmenté ses avoirs en bons du Trésor de 17,8 milliards de dollars, faisant passer la somme totale de ses avoirs en bons du Trésor à plus de 1080 milliards de dollars.

Cao Yubo, un analyste du marché financier de la China Construction Bank, explique que les investisseurs ont tendance à réduire leurs avoirs en bons du Trésor lors des périodes de baisse des rendements pour limiter leurs pertes en valeur d’actifs et ils renforcent leur exposition lorsque les rendements augmentent.

Les données dans le domaine public montrent que le rendement des bons du Trésor à 10 ans a atteint jeudi les 3,366 %, leur niveau le plus faible depuis septembre 2022. Le rendement des T-notes à 2 ans a atteint 4,07 %, leur niveau le plus faible depuis octobre 2022.

Récemment, certains responsables de la Fed se sont exprimés en faveur de la poursuite de la hausse des taux d’intérêts. James Bullard, le président de la Banque de réserve de St Louis, a déclaré que la Fed ne devait pas « traîner » sur la hausse des taux de référence, jusqu’à ce que ceux-ci dépassent les 5 %.

Tout en admettant des signes d’apaisement de l’inflation grâce aux fortes hausses des taux d’intérêt de la Fed, Loretta Mester, la présidente de la Banque de réserve fédérale de Cleveland, a noté que de nouvelles hausses des taux d’intérêt étaient encore nécessaire pour résoudre la pire inflation de ces quatre dernières décennies aux Etats-Unis.

Steve Blitz, économiste en chef pour les Etats-Unis de TS Lombard, un cabinet international de recherche sur les stratégies économiques et d’investissement, estime que le marché va commencer à assimiler l’impact négatif d’une récession économique aux Etats-Unis dans le courant de l’année, ce qui exercera une pression à la baisse sur les rendements du Trésor américain.

La prochaine publication du TIC, qui présentera les données pour décembre 2022, est prévue pour le 15 février.