La Chine s'oppose à la visite de la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, à Taïwan, car ce voyage viole ouvertement l'engagement américain de ne pas développer de relations officielles avec l'île, outre qu’il envoie un signal fort aux forces de « l'indépendance de Taïwan », celui que Washington est de leur côté, a déclaré Qin Gang, ambassadeur de Chine aux États-Unis, dans un article d’opinion publié le 4 août dans le Washington Post .

Dans son texte, le diplomate a rappelé que lorsque Beijing et Washington ont établi des relations diplomatiques le 1er janvier 1979, les États-Unis ont reconnu dans un communiqué conjoint avec la Chine que le gouvernement de la République populaire de Chine était le seul gouvernement légitime du pays, et depuis lors, les États-Unis se sont pendant longtemps engagés à ne pas développer de relations officielles avec Taïwan.

Cependant, voyageant à bord d’un avion militaire, Nancy Pelosi, la troisième plus haute responsable du système gouvernemental américain, a effectué mardi une « visite officielle à Taïwan » très médiatisée, comme l'a caractérisée son bureau, et son entourage a bénéficié d’un traitement protocolaire complet de la part des autorités du Parti démocrate progressiste, qui ne font pas mystère de leur quête de l'indépendance dans la plate-forme de leur parti. Selon M. Qin, « une telle visite a ouvertement rompu l'engagement américain de ne pas développer de relations officielles avec Taïwan. C’est une action extrêmement irresponsable, provocatrice et dangereuse ».

L'article de l'ambassadeur, intitulé « Pourquoi la Chine s'oppose à la visite de Nancy Pelosi à Taïwan », était une réponse à l'éditorial de cette dernière, « Pourquoi je dirige une délégation du Congrès à Taïwan », qui a été publié dans le même journal pour coïncider avec son arrivée sur le l'île la semaine dernière. Dans son article, la présidente de la Chambre des représentants a affirmé que sa visite « ne contredit en rien la politique de longue date d'une seule Chine », qu’elle est, selon elle, « guidée » par la « Loi sur les relations avec Taïwan » (« Taiwan Relations Act ») de 1979, les communiqués conjoints américano-chinois et les « Six Assurances », et que les États-Unis continuent de s'opposer aux efforts unilatéraux visant à modifier le statu quo actuel.

M. Qin a souligné que la politique d'une seule Chine fait partie de l'ordre international d'après-guerre et fait l’objet d’un consensus international général. Les États-Unis, qui se considèrent comme les champions de « l'ordre international fondé sur des règles », devraient naturellement respecter la politique d'une seule Chine, a-t-il poursuivi, déplorant dans le même temps que Washington a violé et sapé la politique en adoptant la « Loi sur les relations avec Taïwan » et les « Six Assurances », affirmant qu’il « le fait à nouveau maintenant dans une tentative plus large de changer unilatéralement le statu quo à Taïwan et de modifier l'ordre international d'après-guerre ».

Dans son article, l’ambassadeur a mentionné Henry Kissinger, qui fut personnellement impliqué dans les négociations pour la normalisation des relations sino-américaines il y a un demi-siècle, et a été témoin de la façon dont la question de Taiwan a été correctement traitée sur la base de la politique d'une seule Chine. Il a cité l'ancien secrétaire d'État américain qui aurait déclaré fin mai que « les États-Unis ne devraient pas, par subterfuge ou par un processus graduel, développer quelque chose comme une solution "à deux Chine" » .

M. Qin a également noté que les États-Unis considèrent Taïwan comme un moyen de contenir la Chine et ont « vidé » la politique d'une seule Chine de sa substance, rappelant qu'au cours des 18 derniers mois seulement, Washington a effectué cinq séries de ventes d'armes à Taiwan.

Le président américain Joe Biden a déclaré à plusieurs reprises que les États-Unis ne modifieraient pas leur politique d'une seule Chine et ne soutenaient pas « l'indépendance de Taïwan », a-t-il aussi écrit, ajoutant « mais pour les forces de "l’indépendance de Taïwan", la visite de Nancy Pelosi représente un signal exceptionnellement fort, celui que 'les Etats-Unis sont du côté de Taïwan" », et soulignant que cette notion va à l'encontre de la politique d'une seule Chine, des communiqués conjoints sino-américains et des propres engagements de Washington.

Enfin, a-t-il déclaré, la visite de Nancy Pelosi conduira les forces de « l'indépendance de Taïwan » plus loin sur une voie dangereuse, dans laquelle la paix et la stabilité à travers le détroit de Taïwan sont en jeu.