Alors que l'année prochaine marquera le 50e anniversaire de la normalisation des relations diplomatiques entre la Chine et le Japon, le conseiller d'État et ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a avancé cinq suggestions pour orienter les relations bilatérales sur la bonne voie. Lors du 17e Forum annuel Beijing-Tokyo, auquel il a participé par vidéoconférence lundi à Beijing, M. Wang a souligné l'importance de reconstruire la confiance mutuelle, d'améliorer la coopération, de gérer les différends, d'élargir les échanges et d'améliorer la coordination entre les deux pays.

Soutenu par le Bureau de l'information du Conseil des affaires d'État chinois ainsi que le ministère japonais des Affaires étrangères, et organisé conjointement par l'Administration chinoise des publications en langues étrangères et le groupe de réflexion japonais Genron NPO, le 17e Forum annuel Beijing-Tokyo s'est ouvert lundi à Beijing et Tokyo en même temps dans un double format en ligne et en présentiel.

Dans un discours vidéo lors de la cérémonie d'ouverture, Wang Yi a souligné que les récentes interactions positives entre les dirigeants des deux pays avaient ouvert un nouveau chapitre dans les relations sino-japonaises, ajoutant qu’elles avaient également clarifié l'orientation générale de la prochaine étape de développement des relations bilatérales.

M. Wang a déclaré que tout d'abord, reconstruire la confiance mutuelle et consolider le fondement politique des relations bilatérales était un point crucial pour les deux pays. Il a exprimé l'espoir que le Japon puisse « considérer le développement rapide de la Chine d'une manière plus rationnelle et objective », et refléter « le consensus politique selon lequel ils sont l’un pour l’autre des partenaires de coopération plutôt qu'une menace » dans ses politiques et ses actions concrètes.

Les questions ayant trait à l'histoire, à Taïwan et d'autres questions portent sur le fondement politique des relations bilatérales, a affirmé M. Wang. Il a exhorté les deux parties à respecter les principes et l'esprit des quatre documents politiques entre la Chine et le Japon, avertissant que « le Japon ne devrait pas être vague sur ces questions, et encore moins essayer de dépasser les limites ».

Deuxièmement, la Chine et le Japon devraient améliorer leur coopération pour atteindre des niveaux plus élevés de bénéfices mutuels, alors que les principes fondamentaux des besoins mutuels et des avantages complémentaires restent inchangés, a indiqué M. Wang, notant que le potentiel de coopération entre les deux pays était toujours énorme.

Les deux parties doivent approfondir la coopération industrielle et maintenir conjointement la stabilité de l'industrie mondiale et des chaînes d'approvisionnement, a-t-il poursuivi. En outre, les deux pays devraient renforcer la coopération en matière d'économie numérique pour stimuler l'économie et les moyens de subsistance des deux côtés, et renforcer la coopération sur la réduction des émissions de carbone et saisir l'objectif de neutralité carbone comme une opportunité de faire avancer l'agenda du changement climatique, a noté M. Wang.

Troisièmement, les deux parties doivent gérer leurs différends et éliminer les fardeaux et les obstacles au développement régulier des relations bilatérales, a-t-il indiqué. Les différends dans les relations sino-japonaises sont inévitables, mais la clé est de les gérer correctement et de ne pas laisser les différends définir et dominer les relations bilatérales, a noté M. Wang.

Le ministre chinois a déclaré que sur les questions des droits de l'Homme et des valeurs, les deux parties peuvent avoir un dialogue franc dans l'esprit de trouver un terrain d'entente tout en mettant de côté leurs divergences pour renforcer la confiance mutuelle et dissiper les doutes, avançant qu’ils ne « doivent pas utiliser cette question comme un outil pour s'ingérer dans les affaires internes d'autres pays ».

Quatrièmement, la Chine et le Japon devraient élargir leurs échanges. Ils devraient profiter de l'Année sino-japonaise des échanges culturels et sportifs, des Jeux olympiques d'hiver de Beijing, ainsi que du 50e anniversaire de la normalisation des relations diplomatiques sino-japonaises pour renforcer les échanges dans divers domaines, a suggéré M. Wang.

Cinquièmement, les deux parties devraient renforcer leur coordination. M. Wang a exhorté le Japon à « pratiquer un véritable multilatéralisme, à s'opposer à une mentalité de “nouvelle Guerre froide” et de “petit cercle”, et à travailler ensemble pour résoudre les problèmes mondiaux ».

De hauts responsables politiques et experts chinois et japonais, dont Xu Lin, chef adjoint du Département de la publicité du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et directeur du Bureau de l'information du Conseil des affaires d'État, ainsi que Yasuo Fukuda, ancien Premier ministre japonais, ont prononcé des discours lors de la cérémonie d'ouverture du forum.

Quelques jours avant le forum, un sondage mené conjointement par l'Administration chinoise des publications en langues étrangères et le groupe japonais Genron NPO a montré que l'impression du public chinois sur le Japon s'était détériorée cette année pour la première fois en huit ans, avec une baisse de plus de 13 points de pourcentage comparé à 2020.

En tant qu'invité du forum, Cheng Yonghua, ancien ambassadeur de Chine au Japon, a indiqué lundi au Global Times qu'une détérioration des impressions était attendue.

Il a déclaré qu'« au début de la pandémie, les deux parties se sont entraidées, mais plus tard, après que l'ancienne administration américaine a rejeté la faute sur la Chine, un petit nombre de personnes et de médias au Japon ont également progressivement commencé à changer de ton envers la Chine ».

Selon M. Cheng, « depuis les pourparlers Japon-États-Unis 2+2, tenus en mars, il est devenu évident que le Japon a commencé à s'entendre avec les États-Unis pour réprimer et contenir la Chine ».

« La question de Taïwan et les “préoccupations de sécurité” avancées par le Japon sont deux choses différentes, mais certains politiciens japonais mélangent les deux et provoquent la Chine sur la question de Taïwan », a-t-il soutenu.

« Ces facteurs ont tous contribué à l'aggravation de l'impression du public chinois envers le Japon », a affirmé M. Cheng.

Il a noté que l'ambiance n'était pas très chaleureuse pour marquer le 50e anniversaire de la normalisation des relations diplomatiques bilatérales l'année prochaine. Selon M. Cheng, « cela n'est pas seulement dû à la pandémie, mais aussi parce que depuis mars, certaines voix du Japon sur la Chine ont été perçues comme hostiles, et certains politiciens japonais ont délibérément érigé la Chine en un “ennemi imaginaire” ».

M. Cheng a appelé les deux parties à s'asseoir ensemble et à réfléchir à la manière de célébrer l'anniversaire. Les deux pays devraient passer en revue les expériences, les leçons et les réalisations des 50 dernières années et planifier leurs relations futures, a-t-il noté.