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(Photo: Li Xueren/Xinhua)

Jacques Fourrier (L’auteur est un journaliste et commentateur français basé à Beijing depuis 25 ans)

La 15e réunion de la Conférence des Parties (COP15) à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique sur le thème « Civilisation écologique : Construire un avenir commun pour toute la vie sur Terre », se tient du 11 au 15 octobre à Kunming, dans la province sud-ouest du Yunnan. Elle se poursuivra au cours du premier semestre de l’année prochaine.

Le président chinois Xi Jinping s’est adressé par lien vidéo aux participants à la COP15 le 12 octobre dans l’après-midi pour exprimer l’engagement de la Chine à faire advenir la civilisation écologique pour un développement équilibré et durable caractérisé par la coexistence harmonieuse de l’homme et de la nature. Un tel concept va au-delà de la protection de l’environnement et de la biodiversité, qui sont déjà des priorités depuis le XVIIIe Congrès du PCC en 2012. La meilleure illustration se trouve dans la formule dont M. Xi s’est fait l’artisan, « la nature vaut son pesant d’or », et qui appelle à un développement durable et respectueux de la nature et de la biodiversité.

Depuis la pandémie de COVID-19, deux jalons importants ont permis de constater que la Chine accélérait le rythme face aux défis du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la dégradation des écosystèmes. L’après-COVID a en effet permis d’envisager une nouvelle donne et offre de nouvelles opportunités.

Lors de son allocution au Sommet des Nations Unies sur la biodiversité le 30 septembre 2020, M. Xi a proposé de promouvoir la civilisation écologique et de donner une plus grande dynamique à la construction d’un monde plus beau. « Nous devons rechercher une voie qui nous permet de vivre en harmonie avec la nature, concilier et coordonner le développement économique et la protection écologique, pour construire ensemble un monde prospère, propre et beau », avait-il dit. Et d’appeler au multilatéralisme pour dégager une synergie en faveur de la gouvernance environnementale mondiale. Pour cela, avait-il avancé, il est nécessaire de concilier la protection de l’environnement et un développement économique de haute qualité. Cela ne pourra se faire, selon M. Xi, qu’en renforçant le sens des responsabilités des nations et qu’en accroissant les capacités d’action de chacun pour face aux défis environnementaux. Il avait rappelé à cette occasion la contribution chinoise, tant en termes de vision qu’en termes d’initiatives aussi bien sur le plan national (avec la restauration des écosystèmes fragiles, la lutte contre la désertification et la protection des espèces animales et végétales en danger) que sur le plan international (la mesure phare étant l’annonce de la réalisation du pic des émissions de CO2 d’ici 2030 et de la neutralité carbone d’ici 2060).

Près d’un an plus tard, lors de son discours à l’occasion du débat général de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre 2021, M. Xi avait proposé une Initiative pour le développement mondial afin d’encourager une nouvelle phase de croissance équilibrée, coordonnée et inclusive. Cette initiative comprenait un volet environnemental important. « Il faut veiller à la coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature », avait enjoint M. Xi. « Nous devons améliorer la gouvernance environnementale mondiale, lutter activement contre le changement climatique, et construire un avenir partagé pour l’homme et la nature. Il faut accélérer la transition verte et réaliser une reprise et un développement verts. » Il en avait appelé au multilatéralisme et à la construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité et d’un monde meilleur.

Si la vision est importante, les moyens pour la réaliser doivent être définis de manière tangible, qu’il s’agisse des modalités financières et technologiques. A cet égard, la coopération et la solidarité sont deux axes primordiaux, notamment vis-à-vis des pays en développement. Lors de l’ouverture de la COP15, le 11 octobre, Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement, a d’ailleurs appelé à davantage d’efforts en ce sens pour aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs en termes de conservation de la biodiversité. Elle a évoqué une « guerre suicidaire » contre la nature. « Faire la paix avec la nature est une tâche déterminante du XXIe siècle », a-t-elle rappelé, reprenant les propos du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Dans son allocution du 12 octobre, intitulée « Travailler main dans la main pour construire une communauté de vie sur Terre », M. Xi a clairement gardé à l’esprit les défis auxquels le monde se trouve confronté ainsi que les inquiétudes que suscite cette période de l’après-COVID. Il a proposé de faire du développement de la civilisation écologique « notre guide pour coordonner les relations entre l’homme et la Nature », appelant à une approche holistique et à une gouvernance systématique pour la conservation de tous les types d’écosystème. Il est ensuite nécessaire, selon M. Xi, de faire de la transition verte le « moteur de nos efforts pour faciliter un développement global durable », appelant pour cela à construire un système économique vert, bas carbone et circulaire. Il a d’ailleurs rappelé les efforts que la Chine a déployés pour édifier la civilisation écologique qu’il appelle de ses vœux et les succès obtenus, notamment avec l’établissement de parcs nationaux et de zones protégées, qui sont d’une grande importance sachant que la Chine est un formidable réservoir de biodiversité. Parallèlement, M. Xi a annoncé que la Chine a déjà prévu la planification sectorielle de son mix énergétique pour réaliser ses objectifs en termes de pic de CO2.

La coopération et la solidarité bénéficient enfin d’un coup de pouce prometteur puisque M. Xi a annoncé la création du Fonds pour la biodiversité de Kunming, la Chine s’engageant d’ores et déjà à allouer 1,5 milliard de yuans pour la protection de la biodiversité dans les pays en développement, en attendant que d’autres pays se joignent à cette initiative.

La Chine entre donc de plain-pied dans la civilisation écologique dans les faits et les actes : elle montre une fois de plus qu’elle tient ses engagements et assume ses responsabilités de grand pays.