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(Photo/VCG)

L’auteur est le directeur du Centre pour une nouvelle Asie inclusive en Malaisie.

Après une longue attente, l’annonce des Etats-Unis, selon laquelle le pays devrait assouplir ses restrictions sur les voyages aériens, a surpris le monde entier. La Maison-Blanche a annoncé que le pays rouvrirait ses portes à partir du début du mois de novembre aux passagers aériens de 33 pays et régions pleinement vaccinés contre le Covid-19, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil et la plupart des pays européens.

Cette nouvelle inattendue a été accueillie très favorablement par les alliés transatlantiques des Etats-Unis. « Il s’agit d’un soutien fantastique pour les affaires et le commerce, et c’est formidable que les familles et les amis de part et d’autre de l’Atlantique puissent être de nouveau réunis », a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Toutefois, au-delà de l’euphorie des alliés des Etats-Unis, plusieurs questions d’intérêt mondial restent sans réponse. Le « Nouveau système de voyage aérien international » des Etats-Unis, qui exige une vaccination complète, s’appliquera-t-il à l’ensemble des pays et régions ?

Les restrictions rigoureuses sur le transport aérien liées à la pandémie ont été imposées pour la première fois l’année dernière avec la Chine pour cible principale. Pour autant, les Etats-Unis ont accordé l’entrée sur leur territoire aux voyageurs aériens étrangers de plus de 150 pays et régions tout au long de la pandémie. Jusqu’à présent, il était effarant de voir que des pays étant parvenus à endiguer en grande partie le virus étaient concernés par la liste restrictive, alors qu’un grand nombre d’autres pays présentant des taux élevés de morbidité du Covid-19 n’étaient soumis à aucune restriction. Ces mesures injustifiables ont été déconcertantes pour la communauté internationale.

La Chine constitue un exemple typique. En dépit d’avoir été le premier pays à être parvenu à endiguer largement la pandémie et l’unique économie majeure à reprendre une activité économique proche de la normale et à accomplir une croissance positive l’année dernière, la Chine n’a pas échappé à ces restrictions. Certains commentateurs politiques et certains médias ont attribué les restrictions sur les vols pour les Chinois à la rivalité géopolitique entre les deux puissances.

La Chine n’est que l’un des 33 pays et régions pour lesquels l’interdiction a été levée, mais les projecteurs semblent rester braqués sur elle. Même si les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) n’ont pas encore spécifié quels sont les vaccins qui seront considérés comme acceptables par les autorités américaines pour les personnes pleinement vaccinées, les spéculations abondent sur le fait que les vaccins chinois devraient finalement être inclus dans la liste des CDC. Il a été indiqué que les personnes pleinement vaccinées avec l’un des vaccins approuvés par l’Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (USFDA) ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) seraient autorisées à se rendre aux Etats-Unis. Dans le cas des vaccins chinois, l’OMS avait déjà accordé son approbation pour une utilisation d’urgence.

Même si l’annonce faite le 13 septembre par les Etats-Unis sur l’assouplissement des restrictions sur les voyages était inattendue et a semblé quelque peu hâtive étant donné la hausse des cas de Covid-19 la semaine précédente, le raisonnement derrière cette décision est compréhensible, car les Etats-Unis − tout comme leurs alliés − ont besoin de trouver le bon équilibre entre le contrôle pandémique et la relance économique. Les Etats-Unis se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas adopter une « tolérance zéro » vis-à-vis des infections au Covid-19 et qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de coexister avec le virus.

Conscients de cette réalité, les Etats-Unis doivent opter pour une relance peut-être plus pragmatique de leur économie. Il ne fait aucun doute que les politiciens ont besoin d’une certaine rhétorique politique pour remporter des votes, mais en fin de compte, ils doivent également laisser place au pragmatisme du marché alors que le pays est fortement éprouvé par l’impact économique de la pandémie.

Le transport aérien est essentiel pour le secteur touristique des Etats-Unis et les secteurs qui lui sont associés, comme le transport, l’hôtellerie et les commerces de vente de détail. Aucun discours sur la Chine par les faucons du Capitole ne saurait occulter le fait que les touristes chinois ont été une source de revenus considérables avant que les restrictions sur les transports aériens ne les ciblent à partir de janvier 2020. D’après les données du Forum économique mondial, sur les 277 milliards de dollars (240 milliards d’euros) que les touristes chinois ont dépensés à travers le monde en 2018, 36 milliards ont été dépensés aux Etats-Unis.

Si les Chinois pleinement vaccinés avec des vaccins chinois sont de nouveau autorisés à se rendre aux Etats-Unis, cela constituera certainement une étape positive dans le dégel des relations bilatérales. L’inclusion des vaccins chinois dans la liste finale des CDC serait en ce sens un élément clé.

Du point de vue des Etats-Unis, le nouveau Système de voyage aérien international aidera les autorités à mettre en œuvre des protocoles rigoureux pour prévenir la propagation du Covid-19 lorsque les restrictions sur les voyages seront levées. Cela inclut la collecte des données de recherche des contacts des passagers étrangers se rendant aux Etats-Unis, qui permettra aux CDC de retrouver les voyageurs exposés au Covid-19 dans le cas d’une nouvelle résurgence.

Cette solution se base sur la science, la bonne approche pour gérer la pandémie, qui est également applicable dans la rédaction de la liste des vaccins acceptés par les CDC.

Alors que l’échéance de novembre approche, le monde suit de près les Etats-Unis. L’aspiration commune à travers le monde est que le bon sens finira par l’emporter dans la réalisation d’une lutte mondialisée et concertée contre ce virus meurtrier.