Putian, une ville de 3 millions d’habitants dans la province orientale chinoise de Fujian, affronte la première « résurgence scolaire » de Covid-19 en Chine, avec plus de 90 infections détectées dans la province en trois jours. Contrairement à la précédente résurgence de Nanjing, il n’y a cependant pas eu jusqu’à présent de contagion interprovinciale.

Les experts chinois de la santé pensent que cette dernière résurgence est grave et complexe, car les premiers foyers infectieux impliquent des élèves non vaccinés, laissant présager une propagation rapide du virus au cours des prochains jours et l’apparition de cas graves chez de nombreuses personnes âgées qui vivent avec leurs petits-enfants.

Les experts, qui appellent le pays à étendre son programme de vaccination pour couvrir les enfants âgés de 3 à 12 ans, notent que la résurgence de Putian ne sera vraisemblablement pas pire que celle de Nanjing au mois de juillet. Selon eux, cette flambée épidémique ne sera probablement pas endiguée avant la fête de la mi-automne (21 septembre), mais pourrait être sous contrôle d’ici les vacances de la fête nationale.

La personne suspectée d’être à l’origine de cette résurgence est un parent d’élève revenant de Singapour. Celui-ci est rentré en Chine au mois d’août et a passé l’ensemble des exigences de quarantaine, mais il a été testé positif en septembre, ce qui a suscité des spéculations sur une période prolongée d’incubation du virus et des appels à la mise en place de quarantaines prolongées. Cependant, les experts notent qu’un temps d’incubation aussi long apparaît peu probable et que d’autres sources pourraient être à l’origine de cette résurgence.

Depuis le 10 septembre, le nombre d’infections liées à la résurgence de Putian est passé à 96 en 3 jours: 79 à Putian, 10 à Xiamen et 7 à Quanzhou, au moment de la rédaction de cet article.

L’épidémie transmise localement à Putian possède principalement deux chaînes de transmission: l’une liée à l’Ecole primaire de Putou et l’autre liée à l’usine de fabrication de chaussures Xiesheng, avec respectivement une quinzaine et une dizaine d’infections. Le xian de Xianyou, où l’école et l’usine sont situées, a lancé lundi une grande campagne de dépistage par acides nucléiques à l’échelle du xian, couvrant plus de 900000 habitants.

Selon les autorités locales en charge de la santé, la source de l’infection serait liée au variant Delta.

Depuis lors, Putian a enjoint à ses habitants de ne pas sortir de la ville et il a été demandé à l’ensemble des jardins d’enfants et des établissements scolaires, à l’exception des étudiants de terminale et des internats, de dispenser leurs cours en ligne depuis lundi.

D’autres cas issus des communautés, des écoles et des usines vont probablement être détectés, et le risque de propagation de l’épidémie à d’autres lieux subsiste, a indiqué lundi l’équipe d’experts envoyés sur place par la Commission nationale de la santé (CNS).

Yang Zhanqiu, un virologue de l’Université de Wuhan, a déclaré lundi que les premiers cas infectieux avaient été détectés dans une école élémentaire locale, où les étudiants n’avaient pas été vaccinés. Selon lui, plus de cas devraient être détectés au cours des prochains jours parmi les élèves de cette école, car le virus se sera probablement répandu plus rapidement parmi les personnes non vaccinées.

Jusqu’à présent, une vingtaine de cas impliquent des enfants de moins de 12 ans, ont indiqué les autorités locales.

Jin Dongyan, un professeur de la Faculté des sciences biomédicales de l’Université de Hong Kong, remarque que les écoles peuvent facilement devenir des pôles infectieux et la gravité d’une épidémie associée au milieu scolaire en Chine réside notamment dans les risques de cas plus graves chez les personnes âgées, car la plupart des enfants vivent avec leurs grands-parents, lesquels peuvent ne pas avoir été vaccinés du fait de leurs conditions de santé.

Selon lui, un « super-propagateur » existe probablement déjà dans ces dernières infections et les autorités locales en charge de la santé doivent identifier celui-ci pour endiguer la propagation de l’épidémie.

Yang Zhanqiu et Jin Dongyan estiment tous deux qu’une incubation prolongée du variant Delta est peu vraisemblable malgré les spéculations. Le premier patient potentiel pourrait en effet avoir été infecté une fois sa quarantaine terminée.

Jin Dongyan note également que l’ampleur de cette résurgence est moins importante que celle de Nanjing au mois de juillet, la pire depuis l’épidémie de Wuhan. En seulement trois jours après sa détection, la résurgence de Nanjing s’était propagée à quatre provinces, depuis la province de Liaoning dans le nord-est jusqu’à la province de Guangdong dans le sud, tandis que les cas du Fujian se limitent pour l’instant principalement à la province.

Dans le cadre de la mesure de réponse actuelle de niveau II, la résurgence de la ville de Putian devrait être maîtrisée d’ici le 26 septembre, avec un nombre cumulé de patients devant probablement se placer dans une fourchette entre 214 et 322, a estimé lundi une équipe de recherche de Lanzhou.

Si le niveau de réponse est abaissé au niveau III ou s’il reste encore des chaînes non détectées d’infection, l’épidémie de Putian pourrait être endiguée aux alentours du 4 octobre, avec un nombre de cas confirmés atteignant les 529. L’équipe précise également qu’il s’agit d’une prévision préliminaire et que celle-ci serait mise à jour en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Luttant contre le virus depuis plus d’un an, la Chine a formé un ensemble de mesures de prévention et de contrôle épidémique avec des ressources mobilisées à l’échelle nationale pour aider les endroits touchés par l’épidémie. Les municipalités et les districts affectés à Putian ont mis en place un dépistage généralisé par acides nucléiques et le personnel médical des villes voisines a été envoyé pour aider au dépistage, avec des volontaires mobilisés pour fournir les produits de nécessité courante aux personnes âgées et à ceux dans le besoin. Différents départements gouvernementaux ont proposé leur aide pour empêcher le virus de se propager.

L’Administration de la communication du Fujian a indiqué lundi qu’elle avait lancé un recueil des mégadonnées épidémiques immédiatement après la détection de la résurgence vendredi dernier, travaillant de jour comme de nuit pour filtrer et analyser les enregistrements des déplacements de la population dans les zones clés et aidant les départements locaux de la santé à identifier les informations des personnes testées positives.

Même si moins de personnes et de véhicules étaient visibles dans les rues de Putian lundi dernier, les habitants locaux ont indiqué que la ville n’était pas confinée.

M. Zheng, qui dirige un restaurant à Putian, raconte que son restaurant est fermé depuis dimanche, mais que les communautés sans cas positif ne sont pas confinées. Il a ainsi pu se rendre à son restaurant lundi pour faire du nettoyage, après avoir passé un contrôle rigoureux de sa température à la sortie de son complexe résidentiel.

La nécessité de vacciner les élèves

Lundi, un grand nombre de sites de vaccination à Putian étaient temporairement fermés, car l’ensemble du personnel médical œuvrait sans relâche au dépistage par acides nucléiques. De plus, les personnes faisant la queue pour se faire vacciner pourraient faire augmenter le risque d’infection, indiquait lundi une employée du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies du district de Lichen à Putian.

Selon elle, Putian a commencé à vacciner les habitants âgés de 12 à 17 ans, mais les enfants âgés de 3 à 11 ans ne sont pas couverts par la vaccination. Cependant, ils devraient être vaccinés lorsqu’ils recevront une notification de la part des autorités locales en charge de la santé.

Cette première résurgence scolaire a souligné l’urgence à vacciner les étudiants et les enfants en Chine, font remarquer les experts.

Yang Zhanqiu rappelle que la vaccination permet clairement de ralentir la propagation de la maladie. Il estime que les infections de Putian vont encourager la population à faire vacciner leurs enfants.

Les deux vaccins inactivés de la Chine contre le Covid-19 produits par Sinopharm et Sinovac se sont avérés efficaces pour les enfants âgés de 3 à 17 ans, et le vaccin produit par l’institut de Sinopharm à Wuhan a été approuvé pour une utilisation d’urgence sur les enfants âgés de 3 à 17 ans par les autorités d’Etat de la Chine le mois dernier.

Un responsable de Sinopharm note que l’entreprise a terminé les essais cliniques de phase II pour son vaccin contre le variant Delta. Les données devraient bientôt être recueillies et le vaccin sera vraisemblablement commercialisé d’ici le milieu de l’année prochaine.

Cette récente résurgence a également sonné l’alarme sur la nécessité de mettre rapidement à niveau les kits de dépistage par acides nucléiques, car sur l’ensemble des tests réalisés sur le patient au cours des 21 jours de quarantaine après son retour de Singapour, 9 présentaient un résultat négatif.

Yang Zhanqiu précise que les kits de tests sont produits en se basant sur le locus génétique (position fixe d’un gène ou d’un marqueur sur un chromosome) du virus. Selon lui, il est possible que les kits de test actuels ne soient pas capables de détecter efficacement tous les variants.

Un fabricant majeur de kits de test souhaitant rester anonyme a fait savoir au Global Times que son entreprise développait des produits en se basant sur l’évolution du virus.

Le groupe chinois BGI, spécialisé en génomique, a indiqué lundi dans un communiqué qu’il avait développé des kits de test permettant de différencier en deux heures les variants, incluant les variants Delta, Beta et Alpha.