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Steve Blake relâche des tortues de mer dans l’océan dans le cadre d’une initiative gouvernementale.

Mon aventure chinoise a commencé juste après l’épidémie de SRAS en 2003, quand je suis arrivé à l’Université de Nanjing dans le cadre d’un programme d’échange étudiant. Je suis tombé amoureux de la culture, de la langue, de la nourriture, de l’énergie et de l’effervescence sur place, et j’ai été surpris de me sentir tout à fait comme à la maison, en Chine.

Je me souviens encore de presque chaque jour de ces quatre mois passés à Nanjing. En faisant du vélo dans les rues animées de la ville, je me sentais complètement revigoré et je me disais à moi-même que je devais revenir un jour. Bien que je sois retourné aux États-Unis durant un an pour achever mes études, j’avais l’impression de n’avoir jamais vraiment quitté la Chine. Je n’avais véritablement qu’un but après avoir été diplômé : revenir et participer d’une manière ou d’une autre aux efforts de protection de l’environnement.

Aujourd’hui, près de deux décennies plus tard et dans la foulée d’une autre épidémie, « l’aventure chinoise » est devenue mon quotidien. Je me sens extrêmement chanceux de pouvoir appeler la Chine mon « chez moi ».

Des décennies de changement

Dire que le pays a changé depuis que je vis ici est un euphémisme. Les transformations qui se sont produites en Chine au cours des dernières décennies sont sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Et être en mesure d’assister à ce changement, de le vivre et de le respirer au quotidien, a été vraiment incroyable.

Il y a tant d’aspects de la transformation de la Chine qui ont été traités de manière exhaustive, mais ceux autour desquels toute ma carrière professionnelle a été façonnée sont les efforts de la Chine ces deux dernières décennies pour protéger la faune et la flore sauvages et améliorer l’environnement.

La Chine fait face à quelques-uns des défis environnementaux les plus gigantesques au monde. Garantir l’emploi, la nourriture et une haute qualité de vie à son énorme population a toujours été une des priorités nationales. Y parvenir tout en préservant la qualité de l’eau et de l’air, en luttant contre les catastrophes naturelles, et en protégeant l’incroyable diversité de la faune et de la flore sauvages et des écosystèmes du pays est un défi monumental. C’est également l’un des défis les plus importants à relever, pas seulement pour la santé de la Chine, mais pour toute la planète.

Après avoir été en première ligne de ces défis au cours des 15 dernières années, je suis de plus en plus convaincu que la Chine trouve des moyens d’atteindre cet équilibre. Pour les habitants de Beijing, cela saute aux yeux : la qualité de l’air s’est nettement améliorée ces dernières années. Mais il y a eu tellement d’autres événements sur tous les fronts de la protection de l’environnement. Si on les additionne, ils forment une véritable vague verte de changement dans le pays.

De l’océan au barrage des Trois Gorges

Ma carrière a emprunté deux chemins de la protection de l’environnement, à travers les branches chinoises de deux grandes organisations internationales. La première est The Nature Conservancy, qui œuvre sur le terrain pour protéger les terres et les eaux de Chine. La seconde est WildAid, qui travaille avec les médias pour inciter le public à la protection de la faune et de la flore sauvages.

Ces rôles m’ont emmené dans quelques-uns des endroits les plus particuliers de la Terre, pour être à la fois témoin de cette transformation verte et y participer. J’ai aidé à planter des arbres dans le cadre du plus grand programme de reforestation au monde dans la région autonome de Mongolie intérieure, dans le nord de la Chine. Au large des côtes de la région autonome zhuang du Guangxi dans le sud de la Chine, j’ai vu des dauphins blancs de Chine en voie de disparition encercler notre petit bateau dans une réserve naturelle marine qui allait bientôt être établie. Dans les montagnes luxuriantes au nord de la province du Sichuan, j’ai trouvé des excréments de panda sur les sentiers de l’une des premières réserves naturelles chinoises. Sur l’île de Hainan, j’ai aidé à relâcher dans l’océan des tortues de mer qui avaient été soignées, dans le cadre d’un effort plus large pour restaurer leur population en Chine. Et au Jilin, dans le nord-est de la Chine, j’ai vu les traces de tigres de Sibérie et des marques de griffes sur les arbres, là où un nouveau parc national est en cours de création pour rétablir leur population, en baisse.

Sur le cours supérieur du fleuve Yangtsé au Yunnan, je me suis tenu au pied d’immenses glaciers et d’une forêt ancienne abritant des rhinopithèques du Yunnan (« singes au nez retroussé »), là où les premiers parcs nationaux de Chine ont été fondés il y a plus de 10 ans. En aval, dans le Hubei, je suis monté au sommet du barrage des Trois Gorges et j’ai appris de ses opérateurs comment ajuster les débits d’eau pour protéger les poissons en aval. Plus bas sur le Yangtsé, dans un tranquille sanctuaire pour la faune, j’ai jeté du poisson dans le fleuve pour nourrir le marsouin aptère en voie de disparition. Puis, à l’embouchure du fleuve, je me suis tenu dans la boue et les zones humides de la réserve naturelle de Chongming, entouré d’un bel éventail d’oiseaux, juste à l’ombre de Shanghai.

La Base de recherche et d’élevage des pandas géants de Chengdu considère la protection de la biodiversité comme une fonction sociale importante.

La Chine, leader mondiale indispensable

Ce n’est là qu’un aperçu des efforts de conservation mis en œuvre sur le terrain pour protéger la faune et la flore sauvage, et des changements plus importants encore se produisent dans le cœur et l’esprit des gens. Au fil des ans, les entreprises chinoises du secteur des médias ont apporté un soutien incroyable à la promotion des messages de protection de la faune et de la flore sauvages, entraînant des changements notables dans les attitudes à l’égard de cette vie sauvage. Pendant cette période, la consommation de produits issus d’animaux en voie de disparition, tels que les ailerons de requin, l’ivoire d’éléphant et les os de tigre, a considérablement diminué.

À présent, dans le sillage de la pandémie de COVID-19, le public a montré un soutien sans précédent pour mettre fin à la consommation à haut risque d’animaux sauvages. Il a été aidé en cela par la Chine, qui a adopté certaines des lois les plus ambitieuses et admirables du monde pour mieux protéger la santé publique et interdire la consommation d’espèces sauvages dans le pays.

Aucun de ces problèmes n’est facile à résoudre, et il reste encore énormément de travail à accomplir pour trouver un meilleur équilibre dans notre coexistence avec le monde naturel. Cependant, la Chine a jusqu’ici fait preuve d’une grande détermination et d’un grand sens des responsabilités, et elle se rapproche de ce meilleur équilibre plus tôt que beaucoup ne l’imaginaient.

Au cours de ces deux décennies, la Chine est partie d’une situation dans laquelle elle faisait face à des défis environnementaux intimidants à une situation où elle devient une leader mondiale indispensable en matière de politique, de technologies et d’initiatives vertes. Je suis tellement heureux de m’être écouté, lors de cette balade à vélo à Nanjing, il y a près de 20 ans, et d’être revenu en Chine pour vivre cette transformation verte. Je suis à la fois fier et honoré d’y avoir joué un rôle, fût-il modeste.

*STEVE BLAKE est le représentant en chef de WildAid en Chine.