Les entreprises chinoises redoublent d’effort pour exporter des masques médicaux et répondre à la pénurie mondiale face au coronavirus, mais la lenteur des procédures d’approbations réglementaires et les perturbations dans les chaînes logistiques ont entravé leur progression.

Les rapports de médias étrangers ont accusé la Chine de « faire des réserves » de masques médicaux, alors qu’un grand nombre de pays connaissent des pénuries. Toutefois, un entretien avec des représentants d’usines apporte un éclairage différent à cette situation : la Chine envoie bel et bien des masques faciaux à l’étranger par le biais de dons et de transactions commerciales, alors même que ses réserves nationales diminuent.

Glory Medical, un fabricant de fournitures médicales basé à Shenzhen, a annoncé avoir reçu des commandes d’exportation pour des masques chirurgicaux. Afin de faire face à l’explosion de la demande en masques et autres équipements médicaux de protection en Chine et à l’étranger, l’entreprise a ouvert le mois dernier une usine au Cambodge : « Cette base de production permettra de soulager de manière significative la pression sur notre base de production en Chine et de satisfaire les commandes tirées par une croissance rapide dans la demande mondiale », indique l’entreprise.

A l’instar de Glory Medical, de nombreuses entreprises chinoises s’efforcent d’augmenter leur production pour répondre à la demande à la fois intérieure et étrangère en masques faciaux.

Les chiffres précis des commandes d’exportation restent incertains du fait de complications au sein de la chaîne d’approvisionnement, mais les officiels chinois ont affirmé que les exportations de masques médicaux étaient en cours et qu’elles augmenteraient avec la production.

« Il y a eu des exportations de masques, même si celles-ci ont principalement eu lieu ce mois-ci », a déclaré un officiel du Bureau du commerce d’Yiwu, un pôle majeur de l’exportation situé dans la province orientale chinoise de Zhejiang. Selon lui, les données sur les commandes d’exportation seront disponibles le mois prochain.

Jusqu’à récemment, la Chine − qui a été la première touchée par le COVID-19 − connaissait une pénurie de masques et d’autres fournitures médicales. Elle a alors cherché des fournisseurs dans le monde entier pour pallier ces insuffisances et les responsables politiques ont ordonné aux entreprises d’augmenter la production.

Lundi, la production journalière de masques faciaux a atteint les 100 millions d’unités, a annoncé l’agence d’information China News Services. Le nombre d’entreprises produisant des masques faciaux a été multiplié par 16 pour atteindre 52 411 entreprises, dont 17 013 qui se concentrent sur les commandes à l’exportation.

Alors que l’approvisionnement intérieur reste limité du fait de l’augmentation du nombre d’employés reprenant le chemin du travail, « nous sommes heureux de voir que les entreprises exportatrices réservent des masques et d’autres fournitures médicales pour l’étranger, apportant une contribution concrète aux efforts mondiaux contre l’épidémie », a déclaré Li Xingqian, un haut responsable du ministère chinois du Commerce, réfutant les accusations selon lesquelles le pays restreindrait les exportations de masques et d’autres fournitures médicales.

Les entreprises chinoises ont reçu davantage de commandes de la part des Etats-Unis, du Japon et des pays européens. L’entreprise GreatStar basée à Hangzhou dans le Zhejiang a fait savoir la semaine dernière, qu’elle avait reçu l’approbation de la US Food and Drug Administration (FDA) pour ses masques et qu’elle se préparait à augmenter ses exportations vers les Etats-Unis.

Des agences gouvernementales et des entreprises européennes − d’Allemagne notamment − sont également venues à Yiwu pour acheter des masques et les rapatrier par voie aérienne, affirme M. Ding, un officiel de la Commission du développement des marchés d’Yiwu. « Les entreprises qui ont des certificats d’exportation ont également exporté des masques », ajoute-t-il.

Alors que de plus en plus d’entreprises préparent leurs commandes à l’exportation, un grand nombre d’entre elles font face à des entraves dans l’obtention d’approbations réglementaires de la part des gouvernements étrangers, les heures normales de travail ayant par ailleurs été perturbées par l’épidémie.

Une société basée à Shanghai, qui aide les entreprises chinoises à régler les formalités administratives liées à l’exportation, explique que le droit de dépôt pour un certificat d’exportation chinoise a augmenté de 6000 yuans (783 €) et que le temps d’attente est passé d’une semaine à neuf jours.

« Alors que l’épidémie en Europe reste grave, le nombre d’employés a chuté et les heures ont été étendues », explique un représentant de l’entreprise.

Les petits fabricants de masques dans la province septentrionale chinoise de Hebei expliquent quant à eux qu’ils n’ont pas les certificats nécessaires pour exporter des masques faciaux.

« D’après ce que je sais, il y a d’autres entreprises qui essaient d’exporter des masques faciaux, mais les pays étrangers exigent des certificats locaux », note un officiel de la province de Zhejiang, soulignant que les entreprises doivent trouver d’autres moyens pour exporter.

Les mesures réglementaires mises en place par les autorités étrangères ont sapé la capacité d’exportation des entreprises chinoises produisant des masques faciaux, a indiqué lundi la Chambre de commerce international de Chine (CCIC). Même si certains régulateurs, notamment américains et européens, ont tenté d’assouplir les restrictions, les entreprises chinoises doivent naviguer à travers un système complexe pour acquérir les certificats adéquats avant de pouvoir exporter des fournitures à ces pays, qui exigent une longue liste de documents.

« Malgré l’assouplissement des exigences pour les fournitures nécessaires à la lutte contre l’épidémie en Europe, aux Etats-Unis et d’autre pays, les exigences techniques n’ont pas été assouplies et il y a eu davantage d’insistance sur les inspections, les sanctions et d’autres réglementations du marché », a noté la CCIC.

D’après M. Ding, Yiwu est en train de mettre en place une plateforme pour faciliter l’importation et l’exportation de fournitures essentielles dans la lutte contre le COVID-19. Il indique également que les entreprises doivent expédier les masques faciaux à l’étranger par le biais des services postaux et du fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe.