img0

Un homme portant un masque prend le métro à Paris, France, le 19 mars 2020. (Photo : Aurélien Morissard/Xinhua)

La flambée de pneumonie à nouveau coronavirus (COVID-19) s’est propagée dans le monde entier. L’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie et les pays membres de l’Union européenne (UE) n’ont pas été épargnés. L’Italie est devenue le pays qui compte le plus grand nombre de décès parmi les personnes infectées au monde. Au tout début de l’épidémie, la réponse inadaptée des pays européens a provoqué un dérapage de la situation. A l’heure actuelle, les pays procèdent à un recentrage dans la prévention et du contrôle et adoptent des mesures plus strictes pour freiner la propagation de l’épidémie.

La première infection a été détectée en Europe fin janvier de cette année. Face à l’apparition du virus, l’Europe est initialement restée dans l’expectative, et pour reprendre les propos de certains experts, a mis l’accent sur le traitement, pas sur la prévention, c’est-à-dire qu’elle ne s’est concentrée que sur le traitement des personnes infectées par le virus, se résignant à laisser la majorité des personnes faire face au risque d’infection par le virus.

Plusieurs raisons ont poussé les gouvernements à privilégier le traitement à la prévention. Primo, la sous-estimation de la gravité de l’épidémie et le haut niveau de confiance dans les soins médicaux européens. Secundo, la crainte que les coûts de la prévention et du contrôle de l’épidémie ne soient trop élevés et les répercussions négatives sur la croissance économique déjà faible. Tertio, la prise de mesures préventives et de contrôle importantes pouvaient provoquer une panique sociale et le mécontentement du grand public, accroissant la résistance aux dirigeants gouvernementaux. L’attitude gouvernementale ambiguë a également affecté la population et l’opinion publique, et le fait même de porter un masque dans les lieux publics a suscité la controverse.

Comme les gouvernements ont pris la situation à la légère, le virus s’est propagé rapidement et en peu de temps en Europe et dans les pays de l’UE. L’Italie est la zone la plus durement touchée d’Europe : à 21 h 00, le 21 mars, le pays comptait 53 578 diagnostics confirmés et 4 825 décès. En outre, plus de 10 000 cas confirmés ont été signalés en Espagne, en Allemagne et en France.

De plus, 13 membres du Parlement français, deux vice-ministres italiens et le négociateur en chef responsable du groupe de travail de la Commission chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni, Michel Barnier, ont été infectés par le COVID-19. Le 19 mars, le prince Albert II de Monaco, chef de l’Etat monégasque, a été diagnostiqué positif au COVID-19. Ces nouvelles sensationnelles ont braqué les projecteurs mondiaux sur l’Europe.

Alors que l’épidémie continuait de s’intensifier, les pays européens ont changé de braquet et sont passés du traitement aux mesures de prévention et de contrôle. Le confinement des villes et le confinement à domicile sont devenus les principaux moyens de contrôler la propagation de l’épidémie. L’Italie a été le premier pays à prendre de telles mesures, d’où le nom de « modèle italien ». Le 22 février, 11 villes de Lombardie et de Vénétie ont imposé un blocus. Le 8 mars, le blocus s’est étendu pour inclure toute la Lombardie, et en tout 14 provinces de la Vénétie, de l’Émilie-Romagne, du Piémont, et des Marches. Le 10 mars, il était interdit d’entrer et de sortir de toutes les villes du pays. L’Italie est complétement confinée et tous les magasins, à l’exception des magasins d’alimentation et des pharmacies, ont été fermés à partir du 12, mais les transports publics, la logistique, les bureaux de poste, les banques et le secteur agroalimentaire conservaient une activité normale.

Le ministère français de la Santé a divisé l’évolution de l’épidémie en trois phases, et dans les deux mois qui ont suivi l’apparition du premier cas confirmé, l’épidémie a atteint le stade le plus élevé de prévention et de contrôle du pays. Les 12 et 17 mars, le président Emmanuel Macron a prononcé deux allocutions télévisées, annonçant des mesures strictes de prévention et de contrôle. Dans son allocution du 17 mars, il a déclaré que la France était entrée dans un « état de guerre » pour lutter contre l’épidémie. A compter du 16 mars, toutes les universités et les établissements scolaires ont été fermés et le pays est passé en mode « confinement », la population n’étant plus autorisée à sortir. M. Macron a également annoncé la suspension des élections municipales et le second tour du scrutin a été reporté au 21 juin. La réforme du système de retraite menée par le gouvernement et d’autres projets de réforme seront temporairement suspendus. En réponse à l’épidémie, l’Open de France de Tennis de cette année et le Festival international du film de Cannes seront également reportés. A l’heure actuelle, tous les lieux publics « non essentiels » de Paris ont été fermés conformément aux décrets gouvernementaux, y compris les restaurants, bars, cafés, cinémas, etc. Les attractions touristiques comme la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe sont fermées jusqu’à nouvel ordre. M. Macron a également annoncé qu’il allouerait 5 milliards d’euros supplémentaires pour la recherche médicale dans les 10 ans. Le directrice générale de l’Agence nationale de santé publique, Geneviève Chene, prévoit que le développement de l’épidémie en France devrait ralentir d’ici 2 à 4 semaines et la tendance s’inverser entre mi-mai et fin mai.

L’Allemagne est la première économie et le pays le plus peuplé de l’UE. A la mi-février, en raison d’une contamination en masse lors d’un carnaval, le nombre des infections a soudainement bondi. Alors qu’il n’y avait que 16 personnes infectées le 24 février, on en comptait plus d’un millier moins de deux semaines plus tard le 8 mars. Le virus s’est propagé à un rythme alarmant. Le travail de prévention épidémique en Allemagne s’est effectué étape par étape à mesure que la situation épidémique évoluait. La chancelière allemande Angela Merkel a prévenu lors d’une réunion du groupe parlementaire le 10 mars que 60 % à 70 % des personnes en Allemagne seront infectées par le COVID-19, et que le pays devra lutter contre le virus pendant une plus longue période. Plus tard, Mme Merkel a expliqué la stratégie de base de la prévention épidémique : « En partant du principe selon lequel le système médical ne doit pas s’effondrer, il est crucial de ralentir la vitesse de transmission du virus. » Pour mener à bien cette tâche, l’Allemagne a récemment intensifié ses efforts de prévention et adopté une série de mesures comme la suspension des cours et la fermeture des lieux de divertissement dans les 16 Länder et les grandes villes du pays. Dans la soirée du 15 mars, le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer a annoncé qu’à partir du lendemain, des contrôles aux frontières de cinq pays voisins – l’Autriche, la Suisse, la France, le Luxembourg et le Danemark – seront appliqués pour limiter les entrées et les sorties, à l’exception des déplacements et du fret nécessaires. A compter du 16 mars, les rassemblements de plus de 50 personnes et les classes ont été suspendues, certains ministères et entreprises autorisés à travailler à domicile, les bars et les discothèques fermés, et les entrées et sorties du territoire limitées.

Fin janvier, des patients étaient déjà infectés en Italie et en Allemagne mais le rythme de développement de la maladie dans les deux pays étaient assez différents. Le taux de mortalité en Italie est désormais proche de 9 %, alors qu’en Allemagne il n’est que d’environ 0,23 %. « La communauté médicale allemande avait une certaine compréhension du virus avant l’épidémie dans le pays », a expliqué le virologue allemand Christian Drosten. Dès janvier, l’Allemagne avait préparé à la fois l’information et le matériel essentiels nécessaires aux tests et diagnostics, et les laboratoires allemands certifiés pour les tests viraux ont été répartis dans tout le pays.

En Espagne, la première réaction devant l’épidémie en Italie a été initialement l’indifférence. Après le premier cas confirmé le 31 janvier, l’Espagne n’y a prêté aucune attention. Même lorsque le gouvernement italien a annoncé le confinement de toute la Lombardie et de 14 autres provinces le 7 mars, l’Espagne voisine n’a pas interdit plusieurs événements à grande échelle : la Liga s’est déroulée comme prévu, le Festival des Fallas a attiré une foule considérable sans que personne ne porte de masque, et une manifestation pour l’égalité et les droits des femmes a attiré 300 000 personnes... Après cette série de grands événements, le nombre de diagnostics confirmés en Espagne a augmenté rapidement. De 500 à 5 000 cas confirmés, il n’a fallu que 6 jours en Espagne, alors qu’il en avait fallu 10 en Italie. L’Espagne a maintenant déclaré l’état d’urgence et mis en place le confinement pendant 15 jours dans tout le pays. Le ministère espagnol de la Défense a commencé à recruter des forces de réserve à Madrid, Valence, Séville et Tenerife pour rejoindre le service des urgences de l’armée, aider les services de police locaux dans l’inspection et la désinfection des bus et des gares et à renforcer les patrouilles de rue. Le gouvernement espagnol a également annoncé que toutes les institutions médicales privées du pays seront « rendues publiques ». La police espagnole a également lancé des drones pour effectuer des reconnaissances urbaines.

Le 24 janvier, le premier cas d’infection par le COVID-19 en Europe était découvert en France et le 17 mars, deux cas d’infection apparaissaient au Monténégro. A présent, les 27 Etats membres de l’Union européenne sont touchés. Pour empêcher l’épidémie de se propager, les dirigeants des 27 pays de l’UE se sont réunis le 17 mars pour approuver la proposition de la Commission européenne de renforcer le contrôle de l’UE et des frontières de l’espace Schengen. A partir de midi le 17 mars, les Etats membres de l’UE ont imposé une restriction de 30 jours sur les « voyages non nécessaires » vers l’UE. C’est la première fois que l’UE effectue une fermeture de cette ampleur de sa frontière. La présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Leyen, a annoncé dans une allocution vidéo que l’UE mettra en place un fonds spécial de 25 milliards d’euros pour faire face à l’impact de l’épidémie et « utilisera tous les outils disponibles pour aider les économies européennes à traverser la tempête ».

Le 17 mars, le Bureau régional européen de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenu une conférence de presse. Un représentant de l’organisation a déclaré qu’un tiers des cas dans le monde se situaient en Europe, qui est devenue l’épicentre de la pandémie de COVID-19, que les mesures les plus audacieuses devaient être prises pour empêcher le virus de se propager et qu’il fallait s’inspirer des leçons de l’expérience chinoise.

De manière objective l’ajustement majeur de la stratégie européenne de prévention épidémique semble avoir un lien avec les réalisations de la Chine dans la lutte contre l’épidémie. L’Europe en a tiré les leçons après avoir fait des détours, et fait maintenant tout ce qu’elle peut pour prendre des mesures drastiques afin de contrôler la propagation du virus.

La Chine participe activement à la gouvernance mondiale, et ce que la Chine a pu accomplir dans la lutte contre le COVID-19 est la solution qu’elle propose au monde. Il est encourageant de constater que la solution chinoise a été reprise et appréciée en Europe, et que l’Europe a emprunté les méthodes de la Chine pour faire face à l’épidémie. La Chine a récemment expédié de toute urgence une grande quantité de matériel de protection – masques, gants et tenue de protection notamment – en Europe et dans d’autres régions. Des experts médicaux chinois se sont également rendus dans les pays et régions les plus durement touchés pour participer aux consultations. Il est à souhaiter que l’Europe et les autres régions puissent contrôler le plus rapidement possible la propagation de l’épidémie et remportent la victoire finale dans cette guerre contre l’épidémie.

Par Shen Xiaoquan, chercheur au Centre de recherche des questions mondiales de l’Agence de presse Xinhua.