« La violence délibérée est plus difficile à circonscrire qu’un incident », selon le philosophe grec Héraclite.

Bien que les élections à Hong Kong aient toujours été relativement pacifiques, la situation a maintenant changé: après la transformation des manifestations contre le projet de loi sur l’extradition en une guérilla urbaine, toutes les institutions sont désormais en danger. Une culture de la violence s'est désormais installée, renforcée par la volonté de faire usage de l’intimidation pure et simple à l’égard d’autrui, que ce soit en politique, dans les universités ou dans la rue.

La dernière victime de ce phénomène est le législateur Junius Ho Kwan-yiu. Alors qu’il faisait campagne pour un siège au Conseil de district à Tuen Mun, il a été poignardé à la poitrine pour un inconnu. Il s’agissait apparemment d’une agression préméditée passible du chef d’accusation de tentative de meurtre. Peu de temps auparavant, des cocktails Molotov avaient visé sa permanence.

Selon Starry Lee Waiking, présidente de l'Alliance démocratique pour le développement et l'amélioration de Hong Kong (DAB), 150 candidats de la DAB ont été harcelés et leurs permanence vandalisées au cours du dernier mois. De toute évidence, les opposants aux candidats pro-gouvernementaux veulent les intimider, mais pourquoi? Ils peuvent espérer qu’ils se retireront complètement des élections, ouvrant ainsi la voie à leurs adversaires. Ou alors, ils peuvent vouloir que le gouvernement annule les élections, suscitant ainsi une levée de boucliers, à la fois localement et internationalement, et cela semble plus probable.

A l’approche des élections du 24 novembre, les actes de violence risquent d’augmenter. Si des fanatiques sont prêts à incendier les permanences de certains candidats, comment la Commission des affaires électorales (CAE) peut-elle être sûre qu’ils ne pas vont pas s’attaquer aux bureaux de vote? La sécurité des électeurs doit être la priorité absolue.

Les forces de police, même si elles sont surmenées, doivent ainsi procéder à une évaluation des risques et à un examen de leur capacité à assurer la sécurité des bureaux de vote contre d’éventuelles attaques. Comme le jour du scrutin est un dimanche – jour où les crimes les plus graves se produisent souvent – cette évaluation devra tenir compte de la probabilité d’obstructions de la voirie et de l’arrêt de lignes de métro, car cela aura une incidence directe sur la capacité des personnes à aller voter.

Le rôle de la CAE, présidée par un juge de la Cour suprême, Barnabus Fung Wah, sera donc essentiel. En vertu de l'Ordonnance de la Commission des affaires électorales (chapitre 541), la CAE est chargée de veiller à ce que les élections se déroulent « ouvertement, équitablement et honnêtement » (section 4). Si, toutefois, le niveau de violence et d'intimidation, réel ou anticipé, est tel que M. Fung en conclut qu'une élection satisfaisant à ces critères n'est plus possible, il doit en informer franchement le gouvernement.

M. Fung est évidemment une personnalité neutre, et personne ne peut accuser la CAE de partialité. En effet, son ordonnance stipule expressément que la CAE « ne doit pas être utilisée en tant que serviteur ou agent du gouvernement » (section 15). Par conséquent, si certains candidats ne peuvent pas faire campagne à cause de la violence, ou si certains électeurs ne peuvent pas aller voter à cause de la peur ou des perturbations dans les moyens de transport, ou les deux, alors l’intégrité des élections, si elles se déroulaient, serait fatalement compromise.

L'annulation des élections doit cependant être le dernier recours, une victoire pour les fanatiques et leurs méthodes violentes, et un coup porté à nos processus démocratiques.

En outre, tous les candidats qui ont été intimidés et attaqués pour leurs convictions politiques ont également le droit de savoir que leurs efforts n'ont pas été vains et que ce sont les électeurs, et non ceux qui prônent la violence, qui auront le dernier mot le 24 novembre.