En lançant déjà des recherches sur les technologies de sixième génération (6G), la Chine peut espérer étendre son avance déjà confortable sur les Etats-Unis dans la 5G mondiale, alors que l’avenir dépend de plus en plus de la technologie, ont annoncé jeudi des experts chinois.

Le ministère des Sciences et technologies a annoncé mercredi que la Chine entamait des recherches sur la 6G quelques jours après le déploiement des services commerciaux 5G en Chine, le plus grand marché Internet au monde. Les internautes chinois ont réagi cette annonce en exprimant leur émerveillement devant la capacité et la détermination du pays à se tourner vers la technologie de prochaine génération.

Le ministère – ainsi que plusieurs départements gouvernementaux, l’Académie chinoise des sciences et la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine – a organisé dimanche une réunion à Beijing pour entamer des recherches sur la technologie 6G, selon un communiqué publié sur son site web. Deux équipes ont été annoncées: l’une composée d’organes gouvernementaux concernés et l’autre composée de 37 experts issus d’universités, d’instituts de recherche scientifique et des entreprises.

Cette annonce a permis de mettre en lumière les réalisations technologiques de la Chine, même si la 6G figure déjà à l'ordre du jour des principales économies, dont les Etats-Unis, et de nombreuses entreprises de haute technologie, dont le géant chinois de la technologie Huawei.

Prêt pour prendre une longueur d'avance

« La 6G constituera certainement une mise à niveau majeure en termes de fonctions et de performances, y compris le haut débit mobile, le temps de latence, la fiabilité, l'intelligence, la consommation électrique et la couverture, bien que la 6G soit encore un concept sans définition ni normes spécifiques », a déclaré Tang Xiongyan, responsable scientifique à l’Institut de recherche en technologie de réseau de China Unicom, l’un des trois opérateurs de télécommunication du pays.

Des technologies et des cadres devraient être adoptés pour stimuler la recherche et l’exploration, a fait savoir M. Tang au Global Times jeudi.

Le système de réseaux par les ondes électromagnétiques approche de ses limites techniques, laissant au secteur la mission de déterminer quel format la prochaine génération de technologie de réseau mobile prendra.

Xiang Ligang, directeur général de l’Alliance pour la consommation de l’information, basée à Beijing, a prédit que les chercheurs pourraient explorer le potentiel des ondes térahertz ou intégrer des fonctions de l’espace, de la mer et de la terre dans un réseau intelligent.

L’initiative de la Chine dans le 6G, bien que ne visant pas les Etats-Unis, renforcera inévitablement les inquiétudes dans un pays déjà hanté par la prouesse technologique croissante de la Chine, ont déclaré des initiés chinois du secteur.

L’Europe, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud sont probablement sur le point de lancer la recherche dans la 6G, a noté M. Tang. « Quand une génération de technologies de télécommunication est utilisée à des fins commerciales, il est temps de mener des recherches sur les technologies et les normes de la prochaine génération », a-t-il déclaré. « C'est normal. »

En octobre, Sony, NTT et Intel ont annoncé leur intention de former un partenariat dans la 6G.

Le groupe sud-coréen LG Electronics a de son côté fait savoir dès janvier qu'il se lançait dans un projet de recherche et développement dans les télécommunications 6G. En juin, Samsung Electronics et SK Telecom ont décidé de collaborer pour développer la 6G, selon des médias sud-coréens.

Les pays européens ont également lancé la recherche 6G. L’Université d’Oulu, en Finlande, a créé un centre 6G au début de l’année et publié en septembre le premier livre blanc sur la 6G au monde, décrivant les principaux moteurs, les besoins et les défis de la recherche.

Une coopération globale

Comme la 5G, la recherche sur la 6G reposera sur l'innovation ouverte et la coopération internationale, a estimé M. Tang.

Les observateurs chinois du marché estiment toutefois que les Etats-Unis se considèrent comme un pionnier du protectionnisme mondial, ce qui signifie qu'une telle poussée mondiale ne sera pas si facile et devra très probablement être menée par la Chine.

M. Tang a prédit que les Etats-Unis renforceraient leur avantage technologique en matière de microélectronique et de logiciels et espéraient modifier les règles traditionnelles du secteur des télécommunications et acquérir un nouvel avantage grâce à une technologie, à un écosystème et à une innovation commerciale qui soient subversives.

Les Etats-Unis seront évidemment attentifs à la 6G chinoise, a déclaré M. Xiang. « L'administration Trump va probablement imposer des sanctions plus sérieuses aux entreprises de technologie chinoises, notamment Huawei et ZTE, et interdire davantage de communication ou de transfert de technologies avec des entreprises chinoises dans le but de contenir le développement de la technologie 6G en Chine », a-t-il affirmé. Cependant, les sanctions américaines et les blocages technologiques ne dissuaderont pas la Chine et aideront au développement de la technologie chinoise plus rapidement, a-t-il ajouté, citant la technologie chinoise 5G comme précurseur.

Les analystes chinois ont tous convenu que la Chine allait probablement dépasser les Etats-Unis dans le développement de la 6G. Ils ont souligné que l'approche américaine était dictée par les entreprises et ne pouvait donc pas attirer les meilleurs équipes et équipements de tous les secteurs.

Les avancées technologiques reposent sur la recherche exhaustive de la part des entreprises, des instituts de recherche et d'autres départements concernés sous la direction du gouvernement, « ce qui est sûrement plus compétitifs », a noté M. Xiang.

Alors que la 6G efface les frontières internationales, l’approche technologique américaine consistant à créer un splendide isolement sera bientôt dépassée, ont affirmé des experts.

La Chine et l’Union européenne, plus ouvertes vis-à-vis des marchés et de la technologie, auront de nombreuses possibilités de coopération, a déclaré Fu Liang, un expert du secteur des télécommunications basé à Beijing, au Global Times. Des entreprises chinoises telles que Huawei ont coopéré avec l’UE pour approfondir le développement de la 5G, avec un accès important au marché pour les deux parties, a-t-il noté.