Mercredi, la Commission des opérations sur titres et des opérations à terme (SFC) de Hong Kong a publié un document de principe sur la réglementation des plateformes d’échange de devises virtuelles. Cela signifie que la région administrative spéciale (RAS) a franchi une étape de plus en direction de la légitimation des échanges de propriétés virtuelles, ce qui l’aidera à consolider sa position en tant que pôle financier.

D’après certains spécialistes, cette mesure reflète une transition dans la philosophie des régulateurs chinois face à la concurrence de Libra, un projet de cryptomonnaie et de monnaie virtuelle initié par Facebook.

D’après le document publié sur le site officiel de la SFC, les opérateurs qualifiés de plateformes d’actifs virtuels, qui se conforment aux exigences réglementaires, pourraient se voir attribuer par la SFC une licence pour réaliser des transactions d’actifs virtuels.

Le même jour, la SFC a cependant publié un avertissement, soulignant que les échanges de contrats à terme virtuels seraient interdits.

« Beijing vise actuellement à faire de Hong Kong le plus grand terrain d’essai pour les échanges de cryptodevises, et de Shenzhen la plus grande zone pilote pour une devise numérique soutenue par la banque centrale. Si la devise numérique de Chine est lancée, celle-ci pourrait être cotée à la Bourse de Hong Kong, qui cible le marché mondial », analyse une source proche du dossier souhaitant rester anonyme.

Le système de devises numériques et de paiements électroniques de la Banque populaire de Chine (BPC, la banque centrale) pourrait ainsi bénéficier d’une plus large base d’utilisateurs pour concurrencer Libra de manière frontale.

En septembre 2017, les autorités de la partie continentale de la Chine avaient imposé une interdiction totale sur les premiers appels publics à l’épargne (PAPE) et les échanges de cryptodevises, en raison des risques financiers potentiels. A la suite de cette décision, la plupart des plateformes d’échange de cryptodevises fondées sur la partie continentale de Chine s’étaient délocalisées à l’étranger.

D’après Shentu Qingchun, le PDG de l’entreprise de chaînes de blocs BankLedger, les législateurs pourraient avoir pris conscience qu’une mesure aussi radicale n’était pas favorable au développement du secteur chinois de la fintech et essaieraient de prendre des mesures pour minimiser les impacts négatifs.

« Hong Kong pourrait bien être le premier exemple à autoriser la mise en place de bourses d’échange de propriétés virtuelles… et Shenzhen et la province méridionale chinoise de Hainan pourraient être les suivantes à légitimer les échanges de devises virtuelles », constate-t-il.

A la suite de cette annonce, le PDG de BankLedger a exprimé sa volonté de rapatrier à Hong Kong Dfex.com, la plateforme d’échange de devises numériques de son entreprise, qui avait à l’origine été établie en Malaisie.

Ces nouvelles pourraient susciter l’enthousiasme des autres acteurs de ce secteur dans la partie continentale de la Chine et il semblerait que certains aient déjà commencé à chercher des partenaires à Hong Kong.

En-dehors de la légalisation potentielle des échanges de propriétés virtuelles, les autorités financières de la partie continentale de la Chine ont aussi renforcé récemment la coopération avec Hong Kong dans différents secteurs. Selon les experts, ces mesures pourraient aider Hong Kong à consolider sa position en tant que pôle financier, alors que les émeutes font rage depuis plusieurs mois dans la ville.

De plus, Hong Kong a entamé mercredi une coopération avec la banque centrale chinoise pour promouvoir l’application de la technologie des chaînes de blocs dans son secteur financier, a annoncé l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA, la banque centrale hongkongaise).

Sur son site internet, la HKMA indique qu’un mémorandum d’entente a été signé entre les filiales de la société Hong Kong Interbank Clearing et l’Institut des devises numériques de la BPC, afin de réaliser une démonstration de faisabilité visant à connecter la plateforme de transactions financières eTradeConnect (utilisant les chaînes de blocs et soutenue par la HKMA) et celle de la BPC.

« Lorsque la connexion aura été pleinement établie, celle-ci permettra aux entreprises de part et d’autre de bénéficier de services financiers et commerciaux plus pratiques, permettant aux banques à Hong Kong d’accélérer le développement de leurs activités de finance commerciale », précise la HKMA.

« [Les applications des chaînes de blocs, incluant] les devises numériques, sont une tendance inéluctable. En tant que pôle financier international, Hong Kong doit développer cette technologie », affirme Liang Haiming, le doyen de l’Institut des nouvelles Routes de la soie à l’Université de Hainan.

Alors que Hong Kong souffre des troubles causés par les manifestants et les émeutiers opposés au gouvernement, sa stabilité et son développement sur le plan financier ont été mis en doute par certains pays occidentaux. Néanmoins, Liang Haiming assure que « la coopération avec la partie continentale [de la Chine], qui a déjà pris les devants, aidera Hong Kong à consolider sa position ».

Il note également que Hong Kong et la partie continentale se complètent l’une et l’autre en ce qui concerne l’application des chaînes de blocs dans le secteur financier.

« Hong Kong se tourne vers le vaste réservoir de talents et les technologies de la partie continentale en ce qui concerne les chaînes de blocs, tandis que la partie continentale est encline à utiliser le marché international de Hong Kong », explique-t-il.