D’ici la fin de cette année, les quinze pays impliqués dans la mise en place du Partenariat économique régional global (RCEP pour Regional Comprehensive Economic Partnership) vont essayer de résoudre les nombreuses questions restantes, afin de conclure cet accord en 2020, a annoncé mercredi le ministère du Commerce.

D’après les analystes, les récentes avancées majeures dans la finalisation du RCEP − qui entérinerait la création du plus grand bloc commercial au monde − sont significatives au niveau symbolique et constituent un accomplissement majeur.

A l’occasion d’une conférence de presse, le vice-ministre du Commerce de Chine, Wang Shouwen, a fait savoir que les parties concernées allaient renforcer leurs efforts pour finir les consultations sur les points problématiques restants, achever la révision du texte dès que possible et accélérer les procédures nationales nécessaires pour créer les conditions à la signature de cet accord de libre-échange dès l’année prochaine.

En ce qui concerne la résolution des questions restantes, la principale tâche pour les parties concernées est de conclure les consultations sur l’accès au marché mutuel, affirme Yang Zhengwei, le directeur-général adjoint du Département du Commerce international et des affaires économiques affilié au ministère du Commerce.

Le RCEP est une proposition d’accord de libre-échange entre les dix Etats membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) − à savoir l’Indonésie, la Thaïlande, Singapour, les Philippines, la Malaisie, le Vietnam, le Brunei, le Cambodge, le Myanmar et le Laos − et l’Australie, la Chine, le Japon, la Nouvelle-Zélande, l’Inde et la République de Corée, pour lequel les négociations ont été officiellement lancées en 2012.

Lundi, à l’occasion de la 22e Réunion des dirigeants ASEAN-Chine, Japon et République de Corée (10+3) à Bangkok, quinze pays participants au RCEP ont conclu globalement l’ensemble des négociations sur l’accès au marché.

Ce jour-là, l’Inde n’a toutefois pas signé l’accord, le pays craignant que l’ouverture de son économie ne sape sa base nationale de production manufacturière déjà fragile.

Wang Shouwen a indiqué qu’avec la signature de quinze Etats membres, le RCEP deviendrait déjà la plus grande zone de libre-échange au monde. Si l’Inde rejoint l’accord après la résolution des derniers points de négociation, l’échelle de cet accord en sera d’autant accrue, a-t-il souligné.

Les quinze Etats membres vont rester en contact avec l’Inde et continuer de négocier avec elle, afin de résoudre ses dernières préoccupations. « Tout le monde est favorable à l’accession le plus rapidement possible de l’Inde à ce traité commercial », a insisté le vice-ministre, ajoutant que la conclusion de cet accord apporterait des bénéfices colossaux pour la région, pour la Chine et pour l’économie mondiale.

Dans sa configuration actuelle, le RCEP permettrait de couvrir près de 30 % de l’économie mondiale. Si l’Inde était incluse, sa couverture passerait à 32 %.

La date pour la signature d’un accord formel doit encore être finalisée. Celle-ci mettra fin à sept longues années de négociations et jouera un grand rôle dans la poursuite de l’intégration des économies de la région.

Siriwan Chutikamoltham, maître de conférences et directeur académique du programme Nanyang Fellows MBA à l’Université de technologie de Nanyang à Singapour, estime que la conclusion du RCEP constituerait un accomplissement majeur après un « processus long et ardu ».

Selon lui, cet accord envoie un message immédiat en faveur de la coopération internationale et du soutien au commerce: « Il s’agit d’un développement positif très attendu dans le contexte d’anti-mondialisation et de populisme politique de ces dernières années », explique-t-il.

Il espère que la conclusion de cet accord permettra de lever le brouillard d’incertitudes économiques et de stimuler la croissance.

« Couvrant 29 % de l’économie mondiale, le RCEP est un accord commercial significatif à tous points de vue », analyse Melissa Conley-Tyler, la directrice de la Diplomatie au sein du laboratoire d’idées Asialink à l’Université de Melbourne.

« Depuis que les négociations ont été formellement lancées en 2012, il a fallu 28 cycles de négociations pour que quinze pays puissent parvenir à un accord sur 20 chapitres de ce document », ajoute-t-elle.

Pour Alice de Jonge, Maître de conférences à l’Ecole de commerce Monash à Melbourne, l’importance de cet accord ne doit pas être sous-estimée: « Non seulement, il rapproche [les membres de] l’ASEAN entre eux, mais également les cinq autres économies régionales, dont la Chine. Il devrait permettre une intégration approfondie des chaînes de valeur et d’approvisionnement. »