Les réformes de l'OMC et la libéralisation des échanges parmi les sujets les plus discutés à Shanghai

La Foire internationale des importations de Chine (CIIE) a été conçue afin d’offrir aux entreprises étrangères une plateforme de vente directe de leurs produits et services sur le marché chinois. Cependant, avec la hausse du protectionnisme, la CIIE est devenue un champ de bataille mondial crucial pour la défense du système multilatéral de libre-échange.

Ce changement était palpable à l'intérieur comme en marge de la deuxième CIIE, qui a officiellement débuté mardi à Shanghai, où des chefs d’État et des dirigeants d’entreprises du monde entier ont critiqué des actions unilatérales et protectionnistes, notamment de la part des États-Unis. Ils ont également mis en garde contre les dommages supplémentaires causés à l'économie mondiale par la montée des tensions commerciales et ont appelé à des mesures pour préserver le commerce multilatéral et le libre-échange.

Rejeter le protectionnisme

Mercredi, alors même que les entreprises étaient en train de négocier des contrats et que les annonces publiques de projets envisagés ne cessaient d’arriver dans les halls d'exposition, les appels à renforcer la coopération mondiale et à lever les barrières commerciales étaient nombreux.

« Les multinationales ont absolument besoin de libéralisation et de facilitation des échanges commerciaux ainsi que d'un environnement mondial stable et prévisible pour prendre leurs décisions », a déclaré mercredi Yang Yuanqing, PDG du fabricant chinois d'ordinateurs Lenovo. « Nous soutiendrons toujours la mondialisation et le multilatéralisme ».

Les propos de M. Yang ont reflété le sentiment dominant à la CIIE selon lequel la mondialisation économique et le libre-échange doivent être préservés.

« Essentiellement, partout où je vais, j'entends une forme de critique de l'unilatéralisme et du protectionnisme des États-Unis », a affirmé mercredi Bai Ming, chercheur à l'Académie chinoise de commerce international et de coopération économique.

« La CIIE est en effet devenu une plateforme non seulement pour les affaires, mais également pour la défense du multilatéralisme et du libre-échange ».

Le président chinois Xi Jinping a donné le ton de ce rejet de l'unilatéralisme et du protectionnisme lors d'un discours prononcé mardi matin à l'ouverture de l’événement. « Nous devons rester fermes face au protectionnisme et à l'unilatéralisme », a-t-il déclaré, soulignant l'engagement indéfectible de la Chine en faveur du libre-échange.

L'appel du président a été repris par les dirigeants mondiaux et les chefs d'entreprise. « Devons-nous simplement renoncer à un tel ordre commercial et recourir à l'unilatéralisme et aux droits de douane, à la loi de la jungle? Est-ce la voie à suivre? Je ne le crois pas », a indiqué le président français Emmanuel Macron dans un discours prononcé également mardi à l'ouverture de la CIIE.

Des actions concrètes

Plus concrètement, la Chine a organisé une série d’événements en marge de la CIIE pour souligner son attachement au système commercial multilatéral, notamment une réunion ministérielle informelle réunissant 33 membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

La réunion, à laquelle ont assisté des représentants de l'OMC et de la Chine, de l'UE, de la Russie, de l'Inde et d'autres membres, était entre autres axée sur les réformes de l'OMC, selon le ministère chinois du Commerce.

« Les ministres ou représentants participants ont affirmé qu'ils devraient soutenir fermement le mécanisme commercial multilatéral fondé sur des règles », a indiqué mardi le ministère dans un communiqué.

S'exprimant lors de la réunion, le directeur général de l'OMC, Roberto Azevedo, a appelé les membres à apporter des contributions claires alors que l'économie mondiale est en proie aux tensions et à l'incertitude.

« Nous pouvons montrer que le système commercial multilatéral peut produire des résultats significatifs. Nous pouvons démontrer que les membres (de l’OMC) sont capables de se réunir et de prendre des décisions qui renforcent la certitude et la prévisibilité dans l'économie mondiale du XXIe siècle », a déclaré M. Azevedo.

Huo Jianguo, vice-président de la Société chinoise pour les études de l'Organisation mondiale du commerce qui a assisté à la réunion, a souligné que ces discussions offraient une « plateforme utile » aux membres pour leur permettre de communiquer « sur la manière dont nous pouvons progresser en ce qui concerne les réformes de l'OMC ».

« En organisant ces réunions, la Chine est en mesure de contribuer à l'établissement d'un consensus entre des pays se trouvant à différents stades de développement afin de faire avancer les réformes de l'OMC, ce qui est l'un des enjeux les plus importants pour la sauvegarde du système commercial multilatéral », a affirmé mercredi M. Huo.

Des avertissements sévères

La dénonciation généralisée de l'unilatéralisme et du protectionnisme constatée au sein de la CIIE survient alors que de nouveaux signes suggèrent que les tensions commerciales ont pesé sur l'économie mondiale et pourraient causer davantage de dommages si elles continuaient à dégénérer.

Lors de l’ouverture de la CIIE mardi, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a lancé un avertissement sévère dans lequel elle signale que la guerre commerciale déclenchée par les États-Unis avec la Chine s’est révélée être une « situation perdante pour les deux pays et le monde entier », avec les entreprises et les consommateurs américains supportant le plus gros du coût de la hausse des tarifs douaniers américains sur les produits chinois.

Les négociateurs commerciaux chinois et américains poursuivent leurs consultations, leur objectif étant apparemment de signer un accord commercial provisoire dans un proche avenir, bien que les détails restent flous quant au moment et à l'endroit où un tel accord pourrait être conclu.

L'OMC a également publié la version chinoise de son rapport annuel, dans laquelle elle a considérablement abaissé sa prévision de croissance du commerce mondial en 2019, la faisant passer à 1,2% en glissement annuel par rapport à sa précédente estimation de 2,6%, citant comme une des raisons à cela une forte incertitude politique.

Le rapport appelle à davantage de coopération dans le commerce des services, notant que ce type de commerce devrait représenter 50% du commerce mondial total d'ici 2040.