Avant le 12e cycle de négociations commerciales sino-américaines, qui a eu lieu le 30 et 31 juillet à Shanghai, beaucoup espéraient que les négociateurs chinois et américains allaient remettre le processus de négociation sur la bonne voie. A l’issue de ces négociations, les deux parties les avaient même qualifiées de « constructives », s’accordant à organiser le prochain cycle à Washington au mois de septembre. Presque tout le monde avaient interprété cela comme un signe d’apaisement des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

Pourtant, les Etats-Unis ont fait volte-face peu de temps après, menaçant d’imposer à partir du 1er septembre des droits de douane de 10 % sur près de 300 milliards de dollars de marchandises chinoises importées aux Etats-Unis. Comme si cela ne renforçait pas suffisamment les tensions, le 6 août, le Département du Trésor des Etats-Unis a qualifié la Chine de « manipulateur de devise », portant un autre coup majeur aux liens bilatéraux et engendrant des perturbations sur les marchés financiers. Le comportement contradictoire des Etats-Unis fait qu’il est important pour la Chine — mais aussi pour la communauté internationale— de redoubler d’efforts pour s’assurer que les différends commerciaux soient résolus par le biais de négociations.

A la suite de l’issue peu concluante du 11e cycle de négociations commerciales, le Bureau du représentant américain au Commerce a sollicité les opinions des entreprises américaines concernant l’imposition de nouveaux droits de douane sur 300 milliards de dollars de produits chinois importés: la majorité d’entre elles se sont opposées à cette idée. Par ailleurs, près de 53 % des citoyens américains sont opposés à la politique tarifaire de Washington, car l’augmentation des droits de douane sur les importations chinoises risque de faire augmenter les prix des marchandises de consommation courante aux Etats-Unis, rendant ainsi leur vie plus difficile.

De nombreuses élites américaines dans les milieux intellectuels et des affaires se sont publiquement opposées à la politique tarifaire des Etats-Unis. La Chambre américaine de Commerce en Chine (Am-Cham China) et le Comité national sur les relations entre la Chine et les Etats-Unis (NCUSCR) ont organisé des visites en Chine pour des politiciens et des directeurs d’entreprises transnationales américains, afin de trouver un moyen de résoudre cette question. Le président du Conseil des affaires Chine-Etats-Unis (USCBC), Craig Allen, s’est lui aussi rendu en Chine. Tous ont affirmé que la Chine et les Etats-Unis devaient poursuivre les négociations commerciales et prendre des mesures pour empêcher la situation de se dégrader.

Le 3 juillet, 100 personnalités éminentes, incluant des intellectuels et des anciens responsables politiques, ont écrit une lettre ouverte (publiée dans le Washington Post) au président Trump et au Congrès, indiquant que le fait de traiter la Chine comme une ennemie et d’essayer de la déconnecter de l’économie mondiale n’empêcherait pas son essor, mais saperait les intérêts des Etats-Unis, et que l’approche actuelle du pays envers la Chine était contre-productive.

Au mois de mai, le gouvernement américain a ajouté certaines entreprises chinoises — incluant le géant de la haute technologie Huawei— à sa « Liste des entités », qui empêche ces dernières de s’approvisionner en technologies et produits de haute technologie auprès des entreprises américaines sans une approbation spéciale de l’administration américaine. De nombreuses entreprises américaines ne se satisfont pas de cette décision, car elles craignent que les entreprises chinoises ne trouvent des sources alternatives d’approvisionnement, ce qui leur ferait perdre le marché chinois pour de bon.

Le 1er août, lorsque Washington a menacé d’imposer 10 % de droits de douane sur 300 milliards de dollars de marchandises chinoises supplémentaires, les marchés mondiaux ont clairement montré qu’ils étaient opposés à la politique tarifaire des Etats-Unis: les principaux indices boursiers américains ont chuté, de même que les prix du pétrole brut.

Par ailleurs, comme ces 300 milliards de dollars de marchandises chinoises sont majoritairement constituées par des produits de nécessité courante, comme des vêtements, des jouets et des téléphones portables, les 10 % de droits de douane

additionnels vont augmenter leurs prix aux Etats-Unis, ce qui aura un impact sur la vie des consommateurs américains. En réalité, les données du Département du travail des Etats-Unis montrent que les nouveaux emplois aux Etats-Unis sont passés de 23000 par mois à la fin de 2018 à 140000 par mois sur les trois derniers mois, du fait des frictions commerciales sino-américaines.

Les entreprises américaines semblent considérer elles-aussi que les droits de douane additionnels sur les produits chinois vont nuire davantage aux consommateurs américains qu’aux exportateurs chinois, mais également faire augmenter le chômage aux Etats-Unis, plomber l’économie américaine et saper les investissements.

C’est dans ce contexte, que la Réserve fédérale américaine a abaissé le taux d’intérêt directeur de 0,25 % pour la première fois depuis la crise financière mondiale de 2008, augmentant ainsi les incertitudes mondiales. Combinée aux autres facteurs du marché, cette baisse a affaibli le 5 août la devise chinoise à plus de 7 yuans pour un dollar. Le taux de change du yuan face au panier de devises est toutefois resté stable.

En qualifiant la Chine de « manipulateur de devise », les Etats-Unis ont commodément ignoré le fait que les turbulences qu’ils ont engendré sur le marché

financier mondial risquaient de sérieusement entraver la reprise de l’économie mondiale et le commerce international, ce qui portera un coup dur à l’économie américaine.

Par ailleurs, le fait que l’anxiété et l’opposition des citoyens américains vis-à-vis des politiques de Washington augmentent devrait motiver la Chine à prendre des mesures rationnelles et pragmatiques pour gérer cette situation. Bien entendu, la Chine doit prendre les contre-mesures nécessaires pour faire face aux décisions arbitraires des Etats-Unis, mais elle doit également utiliser les moyens adéquats pour gérer le conflit commercial sino-américain.