Les opérateurs de téléphonie mobile du Royaume-Uni ont prévu de prévenir le gouvernement britannique qu’une interdiction de la société de télécommunications chinoise Huawei mettrait en péril le rôle du Royaume-Uni en tant que leader de la connectivité mobile.

Selon la BBC, plusieurs opérateurs prévoient d'envoyer une lettre au secrétaire du Cabinet, Mark Sedwill, demandant au gouvernement de préciser de toute urgence s'il a l'intention d'autoriser Huawei à participer aux appels d’offres pour des contrats 5G au Royaume-Uni.

Les Etats-Unis ont fait pression sur le Royaume-Uni pour qu'il boycotte Huawei en raison de supposés problèmes de sécurité. Les opérateurs britanniques ont toujours utilisé une quantité importante de kits Huawei lors de la mise à jour de leur infrastructure réseau.

Dans la lettre, qui a été vue par la BBC, les opérateurs ont exprimé leur frustration d'avoir été obligés de retarder leurs décisions d'investissement pendant que le gouvernement débattait de la question de Huawei. Les opérateurs ont également réitéré qu'une interdiction de Huawei retarderait de deux ans le déploiement de la technologie 5G au Royaume-Uni et réduirait les chances du Royaume-Uni de devenir un leader mondial des technologies futures.

Selon un récent rapport commandé par quatre des plus grandes sociétés de réseau de téléphonie mobile du pays (EE, O2, Three et Vodafone), un retard dans le déploiement de la technologie 5G pourrait coûter à l'économie britannique entre 4,5 milliards et 6,8 milliards de livres (entre 5,7 et 8,6 milliards de dollars).

Le gouvernement mène un examen de la chaîne d'approvisionnement depuis plusieurs mois et devait rendre un verdict sur Huawei à la fin du mois de mai, mais aucune décision n'a encore été rendue publique.

« Les résultats de l’Examen de la chaîne d’approvisionnement des télécommunications seront annoncés ultérieurement », a déclaré un porte-parole du gouvernement en réponse au rapport de la BBC. « Nous avons clairement indiqué tout au long du processus que tous les opérateurs réseau devront se conformer à la décision du gouvernement. La sécurité et la résilience du réseau de télécommunication du Royaume-Uni sont d'une importance capitale. Nous disposons de procédures robustes pour gérer les risques à la sécurité nationale et nous sommes engagés pour avoir les normes de sécurité les plus élevées possibles ».

Le mois dernier, The Telegraph a rapporté que le gouvernement britannique avait décidé d'autoriser l'utilisation des kits Huawei, assortis de diverses restrictions. Le Telegraph aurait reçu ces informations via une fuite provenant d'une réunion de sécurité de haut niveau. Gavin Williamson a été limogé de son poste de secrétaire à la Défense du Royaume-Uni à la suite d'une enquête sur cette fuite.

Les législateurs restent divisés quant à savoir s’il faudrait autoriser Huawei à participer au développement de la 5G dans le pays.

Certains sont convaincus que le Conseil national de la cybersécurité du Royaume-Uni (UK National Cyber Security Council) n'a trouvé aucune preuve soutenant l'affirmation selon laquelle Huawei serait impliqué dans des actes d'espionnage.

D'autres craignent que si le Royaume-Uni travaille avec Huawei, ses relations avec d'autres membres de la Communauté de partage de renseignements Five Eyes, qui comprend le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, seront endommagées.

Lundi, John Suffolk, responsable de la cybersécurité chez Huawei, a répondu aux questions d'un comité parlementaire spécial concernant la sécurité des équipements de l'entreprise.

Il a affirmé au comité que le gouvernement chinois n'avait jamais demandé à Huawei de « faire quelque chose d’inapproprié ».

« Aucune loi en Chine ne nous oblige à travailler avec le gouvernement chinois », a avancé M. Suffolk.

« Nous sommes à nus devant le monde entier, mais nous préférons faire cela, car ça nous permet d’améliorer nos produits. Nous voulons que les gens trouvent des choses, qu’ils en trouvent une ou mille, nous ne nous en soucions pas. Nous ne somme pas gêné par ce que les gens trouvent ».