La Chine peut devenir auto-suffisante en matière de puces électroniques

Dans le secteur des puces électroniques, il existe un large fossé entre la partie continentale de la Chine et les économies développées, comme les Etats-Unis, la République de Corée ou encore Taiwan.

La Chine continentale a réalisé des avancées majeures dans sa propre voie. Celles-ci apparaissent clairement dans la croissance de son secteur des puces électroniques, qui est passé de 54,5 milliards de yuans (6,95 milliards d’euros) en 2004 à 653,2 milliards de yuans (83,3 milliards d’euros) en 2018, ainsi que le développement récent de transistors de 3 nanomètres (nm) par l’équipe de recherche de l’Académie des sciences de Chine (ASC). Ce dernier exemple constitue un jalon technique dans ce secteur.

Néanmoins, la Chine reste en retard dans le traitement et la production de puces électroniques, ainsi que leur conception et leur conditionnement. C’est la raison pour laquelle, le pays devrait prendre davantage de mesures ciblées pour développer ce secteur.

La Chine peut répondre à 85 % de sa demande intérieure, si le secteur des puces industrielles applique entièrement la technologie des transistors de 14 nm. Cela pourrait même devenir une réalité d’ici trois à quatre ans. De manière plus certaine, la Chine a la capacité de devenir auto-suffisante d’ici 2025 en matière de puces électroniques.

Face au blocus technologique imposé par les Etats-Unis, la Chine doit fournir des efforts déterminés pour réaliser un nouveau miracle dans ce secteur, à l’instar de ce qu’elle a fait lorsqu’elle a développé dans les années 1960 et 1970 la bombe atomique et la bombe H, ainsi que les satellites artificiels.

Pour parvenir à ce résultat, le gouvernement devrait cependant proposer des mesures de soutien pour les entreprises d’Etat, ainsi que pour les entreprises privées, afin que celles-ci puissent produire des puces de haute qualité.

La récente mesure consistant à exempter pendant deux ans les entreprises produisant des circuits intégrés d’impôts sur les revenus des sociétés est une bonne mesure allant dans cette direction.

Qu Xianming, ancien directeur adjoint du groupe China Academy of Machinery Science and Technology.

Les talents sont essentiels au succès du secteur des puces électroniques

Les statistiques montrent que la Chine représentait l’année dernière plus de 50 % de la demande mondiale en puces électroniques, important environ 90 % de ses besoins pour un coût dépassant les 300 milliards de dollars (265 milliards d’euros). Ce montant dépasse ce qu’elle a payé pour ses importations de pétrole. Quant aux puces produites par les entreprises chinoises, celles-ci ne répondaient qu’à environ 8 % de la demande intérieure.

Etant donné l’importance des puces électroniques dans cette ère numérique et leur rôle dans les technologies nouvelle génération comme la 5G, des actions immédiates devraient être prises pour préserver la sécurité de la Chine en matière de puces électroniques.

Néanmoins, il ne faudrait pas qu’il y ait une « folle ruée » à travers le pays pour développer des puces électroniques, notamment parce que le secteur au niveau mondial est fortement monopolisé et que des investissements colossaux sont nécessaires pour assurer la réussite de toute entreprise.

La Chine abrite près de 1700 entreprises spécialisées dans les semi-conducteurs. Celles-ci devraient être encouragées à mutualiser leurs ressources et leurs technologies, mais également à consolider leurs opérations par le biais de fusions et acquisitions, afin d’accomplir des percées majeures dans les technologies fondamentales.

Par ailleurs, la Chine doit proposer plus de mesures de soutien et établir un environnement plus favorable pour attirer les talents du monde entier dans son secteur des puces électroniques. Il est vraiment alarmant que la Chine prévoie une pénurie de 300 000 professionnels dans le secteur des puces électroniques d’ici 2020.

Comme l’a déclaré Ren Zhengfei, le fondateur et PDG de Huawei : « Nous avons adopté par le passé une approche consistant à injecter massivement des fonds pour développer le secteur de l’électronique. Toutefois, il faut plus que de l’argent pour développer [le secteur] des puces électroniques. Nous devons faire de notre mieux pour gagner à nous les mathématiciens et les physiciens. »

Chen Fengying, chercheuse en économie mondiale à l’’Institut chinois des relations internationales contemporaines (CICIR).